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Progressivement seront mis en ligne ici des articles de fond et d'investigation essentiellement en liturgie, mais aussi en d'autres domaines de la vaste et passionnante discipline qu'est la théologie !

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vendredi 13 septembre 2019

Homélie du 24ème dimanche du Temps ordinaire (C) - 15 septembre 2019

Je suis sûr qu’il vous est déjà arrivé de chercher désespérément quelque chose que vous avez égarée. Peut-être, de guerre lasse, avez-vous fini par invoquer saint Antoine de Padoue, en lui promettant même une offrande ? En tout cas, vous en conviendrez, au bout d’un moment cela devient quasi-obsessionnel. On est prêt, toute affaire cessante, à ne plus faire que cela : chercher, et chercher encore. Pourtant, dans la première des paraboles que raconte Jésus, l’attitude du berger ne relève pas d’une logique économique mais plutôt de l’irrationnel obsessionnel que je viens d’invoquer. Abandonner un troupeau, et ne pas être sûr de le retrouver intact, pour partir à la recherche du pourcent manquant, n’est pas raisonnable.


L'occasion que Jésus choisit pour nous dire les deux paraboles que nous venons d’entendre (et cela du Fils prodigue qui vient juste après), est la colère de pieux pratiquants envers Jésus qui se met à la même table que des non-pratiquants. Les pratiquants ont déjà tiré un trait sur les non-pratiquants (les publicains et les pécheurs) : ils sont désespérément perdus, et ne valent pas la peine qu’on se donne du mal pour eux. Ces « bien-pensants » reprochent à Jésus de fréquenter des pécheurs. A quoi bon ? Pourquoi s’intéresser à eux, et même les aimer ?


Ne reléguons pas « en ce temps-là » ces jugements péremptoires que les « Pharisiens et les scribes » nourrissaient dans leur cœur ! Interrogeons-nous plutôt sur les critiques, les rejets, les préjugés envers les autres que nous véhiculons autour de nous. Nous pouvons aussi nous enfermer dans la posture qui consiste à nous dire que cela « ne vaut pas la peine ».


Comme le comportement relationnel de Jésus est différent ! Sa logique complètement différente de la nôtre. A cause d’une seule brebis perdue, en abandonner quatre-vingt-dix-neuf autres, sans surveillance et donc en les laissant en danger ? Et balayer toute une maison à cause d’un sou sans valeur ? Est-ce que cela vaut la peine de déployer tant d’effort pour un résultat aussi mince ? Est-ce qu’on ne perd pas toujours quelque chose dans la vie ? Le message de Jésus est fort : Dieu ne tire un trait sur personne. Personne n’est sans valeur pour lui. C’est pourquoi il va à la rencontre de chacun, si « perdu » qu’il puisse paraître. C’est profondément réconfortant que de le réentendre aujourd’hui. En effet, combien de fois ne nous mettons-nous pas à la place de celui qui va à la recherche de la brebis, de celui qui balaye toute la maison ? Et nous nous disons que nous aurions mieux à faire : mettre notre énergie dans quelque chose de plus positif ou gratifiant, profiter d’une vie toujours trop courte, etc… Je crois que nous sommes à la limite du contre-sens. En effet, celui qui recherche la brebis perdu ou le malheureux sou, c’est Dieu ! Pas nous. Dieu ne nous laisse pas nous perdre.


Il y a derrière tout cela un enseignement qui concerne « les quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de se repentir », c’est-à-dire, qui croient qu’ils n’ont nullement besoin de changer quoi que ce soir dans leur vie, que tout va pour le mieux… Pas comme ces « pécheurs ». Jésus envoie un signal à ces satisfaits d’eux-mêmes. Réfléchis bien : toi aussi tu peux te perdre un jour, suivre un mauvais chemin, te fourvoyer. Toi aussi, tu peux devenir « une brebis perdue », bien que tu sois tellement sûr de toi que tu croies que cela ne puisse jamais t’arriver.


Alors Dieu ne tirera pas un trait sur toi. Il ira te chercher, jsuque dans le taillis le plus reculé où tu t’es empêtré. Jésus nous invite tous, nous qui nous considérons souvent comme tellement justes et tellement assurés, de nous réjouir de tout cœur avec Lui quand quelqu’un revient au bercail. Car, ce « perdu-revenu chez lui », ce pourrait bien être notre propre histoire.
 

AMEN.
 
Michel Steinmetz

vendredi 6 septembre 2019

Homélie du 23ème dimanche du Temps ordinaire (C) - 8 septembre 2019


Nous sommes heurtés par les paroles de Jésus : «  Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ». La pilule a du mal à passer, non ? Et pourtant. L’affirmation est sans ambages. Le Christ nous appelle à une conversion de valeurs. A vue humaine, cette abandon de la mondanité est difficilement admissible, mais il le devient au moment où l’on réalise que l’on a plus à gagner en Le suivant. Les choses de ce monde passent ; la vie éternelle, elle, non.  
L'auteur du livre de la Sagesse le faisait déjà comprendre. « Nos pensées sont instables », et nous connaissant leur versatilité. Tant de paramètres sont ici en jeu et qui font que « notre corps périssable appesantit notre âme ». Nous sommes tiraillés par notre envie de posséder comme si nous nous bâtissions par là une éternité ; nous sommes tiraillés par des désirs piquants et parfois paradoxaux. Nous désirons le Seigneur, entrer dans ses voies, et comme si nous étions retenus à la taille par un élastique nous revenons en arrière.
 
L'attitude de Jésus est pleine de sens. Peut-être n’avez-vous pas prêté attention aux petits détails de l’évangile. Dans le passage que nous venons d’entendre, nous attention est attirée, et à juste raison, par les paroles fortes qui sortent de la bouche du Seigneur. Comment peut-il d’ailleurs exiger de tels renoncements pour lui-même à ceux qui – tout compte fait – font quand même preuve de bonne volonté en voulant marcher à sa suite ? N’est-il pas trop égoïste ? Ces conditions semblent disproportionnées. Ici, cependant, c’est l’attitude de Jésus qui révèle le sens profond de son exigence. Tout est contenu dans ce petit verset : «  Il se retourna et leur dit. » Imaginez un instant la scène. De « grandes foules », nous dit saint Luc, suivent Jésus. Ce qui veut dire que dans les rangées les plus éloignées, certains ne distinguent même plus qui ils suivent. Un peu comme dans de grandes manifestations où le risque devient de savoir pourquoi on est là ! Certains, dans l’évangile, pourraient donc tout simplement suivre le mouvement, comme des moutons, ou suivre le voisin de devant. Jésus ressent le besoin de s’arrêter pour rappeler le sens de la démarche qu’ils entreprennent. S’il se retourne, c’est bien pour voir ceux qui sont derrière, c’est-à-dire ses disciples. Jésus signifie par son geste que la position du disciple est de suivre le maître et personne d’autre. En réalité, Jésus, en se retournant, confirme ses « suiveurs »dans la posture de « disciples ». Ils le sont déjà, mais il faut encore le devenir. Ils ont déjà commencé à renoncer à tout pour lui, il les conduira jusqu’au don total de leur vie.
 
Celui qui veut suivre Jésus, qui s’efforce d’être chrétien, doit réfléchir et se demander s’il est prêt à tout mettre en œuvre pour le faire sérieusement. Sinon il sera comme le bâtisseur d’une tour, qui n’a pas assez d’argent pour l’achever, comme un chef des armées qui risque une guerre inconsidérément.
 
Jésus met en garde contre le fait d’être chrétien à moitié, un « chrétien à cinquante pour cent », un « demi-chrétien », bref un « chrétien au rabais ». Cela ne convainc personne et produit scandale et rejet. Comment devenons-nous des chrétiens à part entière, des chrétiens crédibles ? Ce qu’indique Jésus est clair : quand nous mettons Dieu à la première place sans « si » ni « mais », alors toute notre vie trouve le bon cap. La faire à moitié ne marche pas ! Pour devenir disciple, Jésus n’invite curieusement pas à s’asseoir et à réfléchir grandement, au contraire : « celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ». Avoir les mains vides, voilà la force du disciple ! Moins il peut compter sur ses propres forces, plus il est disponible pour s’appuyer sur Dieu seul. Cette sagesse-là va bien au-delà de la sagesse humaine, il faut que l’Esprit de Dieu vienne l’enseigner.
 
Suivre Jésus, c’est lui faire confiance. Suivre Jésus, c’est tout mettre en œuvre et en ordre dans sa vie pour tenir le choix fondamental que nous aurons fait. Suivre Jésus, c’est le mettre à la première place, parce qu’il lie et noue notre personne pour la faire communier, par sa croix, à sa résurrection.  
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz

samedi 29 juin 2019

Homélie du 13ème dimanche du Temps ordinaire (C) - 30 juin 2019

Certaines pages de l’évangile sont plus plaisantes à entendre que d’autres. Aujourd’hui nous risquons de grincer un peu des dents.  Quand même ! Jésus n’en demande-t-il pas un peu trop ? Assez curieusement, l’évangéliste rapporte chaque fois, en peu de mots, ce que Jésus a dit et répondu, mais il ne mentionne pas la réaction de ses interlocuteurs. Comme si l’histoire restait en suspens.
 
Il y a, là derrière, une question importante : j’écoute et je lis souvent l’Evangile. Il me parle. C’est Jésus qui parle dans l’Evangile, au point que nous l’acclamons comme étant Parole de Dieu. Le Christ s’adresse donc à moi. Mais qu’en fais-je ? Comment est-ce que j’y réponds ? Ce n’est pas dit dans l’Evangile. C’est ma vie qui écrit la réponse que moi-même je donne. Cela ne vaut pas seulement pour moi, mais aussi pour tous ceux qui se laissent toucher par les paroles de Jésus.
 
Voyons d’un peu plus près l’évangile de ce jour. Il y est question de trois hommes, qui veulent se mettre en route avec Jésus. Ou plus exactement qu’il invite à le suivre. Le premier, très courageux, lance : « Je te suivrai partout où tu iras. » Il a l’air plein d’enthousiasme et très sûr de lui. Au lieu de l’encourager, Jésus l’avertit : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » Sachant cela, veux-tu encore vraiment t’embarquer dans cette aventure, en toute connaissance de cause ?
Jésus demande lui-même à un autre de le suivre. Celui-ci semble prêt mais désire d’abord attendre que son père soit enterré. Raison légitime pour différer le départ. La réponse de Jésus est devenue pour nous un proverbe : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. » Voilà encore une réponse qui n’encourage guère tout quitter pour marcher à sa suite. Nous dirions que la radicalité de Jésus manque sérieusement d’humanité.
Un troisième veut aussi suivre Jésus, mais il souhaite d’abord prendre congé de sa famille. Et Jésus répond encore sèchement. On a presque l’impression qu’il veut plutôt dissuader qu’on le suive. Il ne procède en tout cas pas comme quelqu’un qui veut à tout prix se faire des supporters enthousiastes. Tout semble bouloir dire clairement : réfléchis bien, si tu veux devenir mon disciple.
 
 
Chacun de nous se reconnaît sans doute, un peu au moins, à la fois dans l’enthousiasme des trois hommes et dans les raisons parfaitement légitimes qu’ils invoquent pour aménager leur départ. Ce sont des raisons parfaitement légitimes au regard de l’engagement qu’ils s’apprêtent à prendre. Jésus ici semble dur. Il paraît ne pas comprendre, ne pas leur accorder un peu d’humanité ou de compassion. Un curé ferait cela, le courrier abonderait à l’archevêché ! Comment comprendre cette attitude ?
 
L'engagement de suivre Jésus n’est pas une option de notre vie. Il n’est pas de l’ordre d’un loisir salutaire que nous consentirions à pratiquer parmi d’autres. Autrement dit, il n’est pas négociable. Tu prends tout, ou tu ne prends rien. Dire cela aujourd’hui pourrait paraître dangereusement fondamentaliste. Pourtant ! Le Royaume de Dieu ne se négocie pas. Tout simplement parce que Dieu ne peut se résoudre à nous sauver « à moitié », « à demi ». Ou bien nous acceptons qu’il nous prenne tout entier dans son amour qui nous brûlera et nous purifiera, ou bien nous restons en-dehors.
 
Si l’évangile ne nous rapporte aucune des décisions que finalement chacun aura prise suite à l’admonestation de Jésus, c’est pour que chacun puisse écrire, et surtout vivre, sa réponse. Ce ne sont pas les pieuses paroles qui l’emportent, ou les belles paroles. Rappelez-vous Dalida qui chantait : « Parole, parole… ». Les trois hommes ont de bonnes intentions et veulent être des chrétiens zélés. L’essentiel n’est pas de le vouloir, mais de l’être.
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz

Homléie de la solennité du Corpus Domini - 23 juin 2019

On assista, à l’époque, au miracle de la multiplication des pains. Tous furent rassasiés avec les cinq pains, et on ramassa encore douze corbeilles de restes. Mais ce genre de miracle ne se produisit pas tous les jours. Les Evangiles rapportent que Jésus n’a nourri ainsi les foules que deux fois seulement. Cependant, le miracle de la multiplication arrive encore aujourd’hui, d’une manière différente. C’est de ce genre de miracle que je veux parler aujourd’hui.
 
Le miracle survient à chaque fois que nous célébrons ensemble l’eucharistie. Ce que Jésus a fait avec la foule affamée était une annonce de son eucharistie et des paroles qu’il a prononcées juste avant sa Passion, au soir de la Cène. « Prenez et mangez-en tous ; ceci est mon corps livré pour vous ». Tous, autour de la table du repas pascal, ont pris le pain ; tous ont été nourris, mais pas à la manière du monde. Les apôtres ont compris, quelques jours plus tard, à la lumière de la Résurrection, le geste que Jésus avait posé alors. Il avait offert son Corps sur la croix pour la multitude. Désormais, tous ceux qui accepteraient de s’attacher à Lui, de communier à Lui pourront espérer vivre de son mystère pascal. Le pain de l’eucharistie n’est pas un bout de Jésus qui se serait tassé pour se faire tout petit dans l’hostie ; c’est le Seigneur ressuscité tout entier présent dans ce pain, fruit de la terre et du fruit des hommes. C’est le mystère de l’amour de Dieu que nous aurons au creux de notre main. C’est Dieu lui-même présent au milieu de nous que nous associerons à toute notre vie quand nous le recevrons tout à l’heure avec respect.
 
Le miracle survient encore quand nous faisons nôtre l’ordre de Jésus : « Donnez-leur  vous-mêmes à manger ». Le choc de cette parole de Jésus à ses disciples les a poussés à la serviabilité. La bienheureuse, et future sainte, Mère Térésa de Calcutta a dit : « Si tu ne peux donner à manger à cent personnes, fais-le au moins pour une ». Ainsi, l’eucharistie n’est pas juste pour nous, dans un rapport personnel et étroit avec le Christ. L’eucharistie est un mouvement qui nous entraîne à grandir en Dieu. Celui qui veut grandir en Dieu ne peut pas se détourner de son frère, en particulier de celui qui est dans le besoin ou la souffrance, au risque d’être un menteur et un hypocrite. L’eucharistie nous pousse donc à changer quelque chose dans notre vie, à nous rendre solidaires les uns des autres pour une unique croissance dans l’Esprit.
 
Saint Augustin rappelle que « le sacrement du Corps du Christ est le Corps du Christ » (Lettre 98, à Boniface). Pour dire les choses plus simplement et se faire comprendre, Augustin compare notre approche des choses, ou bien aux pelures d’oignon, ou bien au noyau de la pêche. Si nous pensons que le Corps du Christ est le noyer de la pêche – entendez tout ce qui reste de la pêche une fois qu’on a enlevé sa peau – alors nous risquons de faire fausse route. L’eucharistie n’est pas qu’une hostie que nous vénérerions dévotement, et que nous pourrions dans le même temps enfermer à notre gré au tabernacle ou l’en sortir à l’envie notamment pour une procession. Alors l’eucharistie est sans doute plus à l’image des pelures d’oignon : un oignon, lui, n’existe que dans ses pelures. Plus de pelures, plus d’oignon. L’eucharistie du Seigneur n’est pas une chose extérieure : elle est la manière dont le Seigneur se rend présent à nous et nous demande de nous rendre présent aux autres. Sa réalité est là.
 
Manger le pain de l’eucharistie, le Seigneur ressuscité qui se donne en nourriture, pour avoir la Vie et, exactement de la même manière, dans le même mouvement se laisser manger pour avoir la Vie. Se donner dans le service, le compassion, l’entraide, l’écoute comme Lui l’a fait et parce qu’Il nous dit de le faire. « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Qu’allons-nous faire en nous avançant pour communier ? Nous recevrons religieusement avec dignité le pain qui est le Corps du Christ. Mais ne sommes-nous pas tous ensemble le Corps dont le Christ est la tête ? Nous recevrons alors ce que nous sommes déjà par notre baptême pour nous aider à l’être toujours mieux.
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz
 

vendredi 14 juin 2019

Homélie de la solennité de la Sainte Trinité (C) - 16 juin 2019

Sommes-nous rassemblés autour d’un concept ? D’une grande idée théologique ? D’un problème arithmétique ? Car, dites-moi, 1+1+1 font combien ? 3 assurément si vous étiez un tant soit peu doués en mathématiques ; 1, si vous excelliez au catéchisme. Mais avons-nous besoin d’une fête liturgique pour autant ? Car nous fêtons la Sainte Trinité. Celle du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.
 

Face à ce qui est un des grands mystères de la foi chrétienne, et une de ses spécificités, nous pouvons rester bouche bée et nous perdre dans l’insondable de cette réalité de notre Dieu. Car c’est l’identité du Dieu qui est le nôtre d’être à la fois un et trine ; « une seul Dieu, un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l’unité de leur nature », comme le chantera tout à l’heure la préface de cette messe. Nous devons tenir, au risque de professer une foi autre que celle de l’Eglise, que chacune des personnes est distinctes mais de même nature. Le Fils ou l’Esprit ne seraient pas moins « divins » que le Père, par exemple. Et l’Esprit ne serait pas une manière symbolique de parler de l’agir de Dieu.
 

Parce que Dieu ne se contente pas d’être et de demeurer dans sa gloire pour susciter notre admiration ou notre désespoir de ne jamais pouvoir le rejoindre, tels des visiteurs contemplant une lointaine œuvre d’art mise à l’abri dans une vitrine, Dieu veut nous intégrer à ce qu’Il est. Ainsi, la Trinité n’est plus de l’ordre du concept mais de la vie. En la célébrant, c’est notre vie chrétienne et baptismale que nous célébrons dans le rappel du don que Dieu nous fait. Nous sommes baptisés « au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ». Ne voyez pas là une simple formule liturgique car nous sommes dès lors réellement immergés dans la Trinité. Qu’est-ce que cela signifie ? Il n’y a plus Dieu d’un côté, et nous de l’autre. Notre véritable nature est révélée. Nous sommes non seulement faits pour Dieu mais nous sommes capables de Lui. Nos frères orthodoxes ou de tradition orientale n’hésitent pas à parler de « divinisation » pour désigner notre avenir. L’Occident est plus mesuré et fait dire à saint Irénée de Lyon : «« La gloire de Dieu c’est l’homme vivant ; la vie de l’homme, c’est de contempler Dieu » (C.H., livre 4, 20:7). Cette désormais possible proximité avec Dieu, Paul nous la rappelait comme une formidable espérance :

« nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. »
 
Pour avoir part à ce destin auquel Dieu nous convie, il nous faut consentir à ce que Dieu puisse faire son œuvre en nous. Quand Jésus promet le Défenseur, « l’Esprit de vérité », celui qui « conduira dans la vérité tout entière », il s’agit bel et bien de se laisser rejoindre par cette force qui émane de Dieu, ce souffle qui conduit à Lui. Sans cela, nous ne pouvons « porter » la profondeur de la Révélation. Beaucoup aujourd’hui veulent comprendre, analyser, questionner. C’est bien. Car la foi chrétienne n’est pas un fondamentalisme. Elle fait appel à la raison humaine et ne saurait s’en passer car elle est l’exercice de notre liberté. Pourtant, au seuil du mystère, c’est l’abandon qui devient la seule voie. Non la démission de l’intelligence, mais l’intelligence qui accepte de s’en remettre à ce qui la dépasse et consent à la confiance. A la foi. « Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître ».


Frères et sœurs, quel est le signe que vous apprenez à vos enfants dès leur plus jeune âge, celui qui marque nos existences chrétiennes et qui débute chacune de nos liturgies ? Le signe de la croix. Alors que nous traçons sur notre corps le signe de notre salut, nous l’accompagnons de ces paroles : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Toute notre personne en effet est revêtue et enveloppée de la dignité d’enfant de Dieu. La sainte Trinité nous concerne.




AMEN.

Michel Steinmetz





samedi 8 juin 2019

Homélie de la solennité de Pentecôte (C) - 9 juin 2019

La Pentecôte ne fut ni une kermesse, ni un supershow. Elle fut un événement dont la portée commença à l’intérieur du lieu clos où se trouvaient la Vierge Marie et les Apôtres, pour en déborder jusqu’aux confins de la terre. La prière unit cette pette assemblée, autant que son incertitude face à l’avenir. La Vierge Marie et le Apôtres demeurent fidèles à la consigne du Seigneur de faire mémoire de sa résurrection, quand bien même ils l’ont vu s’élever vers le ciel, dix jours auparavant.
 
A bien comprendre ce que nous relatent les Actes, nous comprenons d’emblée que l’évènement de ce jour est paradoxal et échappe aux lois de la raison humaine. Nous pourrions de prime abord comparer le phénomène à un orage soudain, comme ces derniers jours nous en ont fait connaître. Or le bruit entendu n’est pas celui du tonnerre qui expliquerait le feu qui s’en suit. On nous dit : « Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. » Et, poursuit le texte : « Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. ». Or le vent ne produit pas le feu. Il pourrait l’attiser si celui-ci était déjà à l’œuvre, mais, quand il s’agit d’une simple flammèche qui n’est pas en prise à un terrain favorable, il en a même raison. Paradoxal, donc, ce phénomène. Ce qui nous fait dire qu’il échappe à la logique. C’est la conclusion à laquelle aboutit aussi l’auteur des Actes : « Tous furent remplis d’Esprit-Saint ».
 
Ce que produit l’Esprit est détaillé : « ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. ». Alors que le même feu descend sur Marie et les Apôtres et se partage sur eux, symbolisant l’unique don de l’Esprit de Dieu qui leur est fait, son effet est à la fois le même et différent. Saint Basile l’exprime admirablement dans son Traité sur le Saint-Esprit :
« Il est simple par son essence, mais se manifeste par des miracles variés. Il est tout entier présent à chacun, mais tout entier partout. Il se divise, mais sans subir aucune atteinte. Il se donne en partage, mais garde son intégrité : à l'image d'un rayon de soleil, dont la grâce est présente à celui qui en jouit comme s’il était seul, mais qui brille sur la terre et la mer, et s'est mélangé à l'air. »
Cette action multiforme de l’Esprit, qui pousse non seulement au témoignage en faisant sortir, mais qui le rend aussi possible et audible, se manifeste dans « la stupéfaction et l’émerveillement » qui poussent les bénéficiaires de ce jour à dire : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? ».
 
Frères sœurs, nous avons revêtu symboliquement le vêtement blanc du baptême. C’est une couleur unique, qui nous fait tous ressembler les uns aux autres. Et pourtant, sous ce vêtement blanc, chacun de vous porte ses propres habits. Ils ne ressemblent à aucun autre. Chacun et chacune d’entre vous possède sa langue, « son dialecte » nous disaient les Actes des Apôtres (Ac 2,8). Bien sûr, vous parlez français, mais la langue n’est pas simplement une suite de mots que l’on utilise, c’est toute la culture qui habite notre cœur. Nous l’avons héritée de nos racines, de nos parents, de nos familles, de notre histoire, bref c’est un petit écosystème culturel particulier à chacun d’entre vous. Cependant, bien que vous ayez tous votre culture et vos avis, la parole de Dieu rejoint chacune et chacun d’entre vous dans sa propre langue, non pas parce que vous seriez devenus polyglottes, mais parce que la parole de Dieu n’est pas seulement la succession des sons que l’on entend, elle est le message que Dieu adresse à notre cœur. Ce message est unique, toujours le même, c’est le commandement du Christ, et pourtant différent pour chacune et chacun d’entre vous parce qu’il vous touche dans l’expérience de votre vie.
 
Dieu vient en nous, Dieu établit sa demeure parmi nous et nous donne un nouveau défenseur. On demande quelquefois par curiosité, quelquefois par malice, ce qui différencie un chrétien du reste des hommes. Ce qui différencie un chrétien du reste des hommes, c’est qu’il sait que jamais en ce monde, ni dans l’autre, il n’est seul. Jamais, ceux qui se mettent à la suite du Christ ne risquent d’être abandonnés à la solitude dans les épreuves. Jamais ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique ne peuvent craindre de manquer d’un défenseur.
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz

vendredi 31 mai 2019

Homélie du 7ème dimanche de Pentecôte (C) - 2 juin 2019

Il est arrivé. C’est ce que l’on croit pouvoir dire en prêtant une oreille attentive à la vision d’Etienne face à ses accusateurs et telle que nous la rapporte le Livre des Actes. « « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Ce qu’Etienne en rapporte est tout simplement insupportable pour ses contradicteurs : « ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. » Jésus ressuscité est donc arrivé à bon port. Jeudi dernier nous fêtions son Ascension et nous le voyions s’élever dans les cieux. Aujourd’hui, Etienne le contemple debout à la droite de Dieu.
 
Pour les Juifs, c’est cette proximité – voire cette intimité, qui est inenvisageable : Dieu est le Tout-Autre et nul se saurait être aussi près de lui. D’autant plus dans les cieux dont le psaume affirme, nous le chantions : qu’ « ils proclament sa justice » car, de là-haut « le Seigneur domine tous les dieux ». Cette localisation du Ressuscité est finalement tout aussi scandaleuse que sa propre résurrection : ce Jésus serait donc l’égal de Dieu ? Et s’il était réellement à la droite de Dieu, il pourrait devenir le chemin qui mène à lui. Sans douter, Etienne le confesse au point de donner sa vie pour ce témoignage. Il sait que Jésus est l’unique accès à Dieu au point qu’il reprend au moment de mourir la même attitude d’abandon que celle de Jésus sur la croix : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Au point encore de demander à Dieu de ne pas compter le péché de ceux qui le font mourir. « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font », avaient dit Jésus. Voilà que l’horizon esquissé tant par le Christ se relevant du tombeau que par sa montée au ciel devient une voie d’accès à Dieu. Ne faire qu’un avec Jésus pour participer à sa destinée.
 
Nous aurions là l’idée, au moins un peu, d’une sorte de sens unique. Les yeux levés vers le ciel, nous ne désirerions qu’une chose : rejoindre le Seigneur. Pourtant, l’Ascension déjà nous enseignait qu’Il reviendra dans la gloire. Et ce chemin prend alors les allures d’un va-et-vient assez curieux que rendait à sa manière le Livre de l’Apocalypse dans le dialogue entre l’Esprit et l’Epouse, comme si l’un et l’autre s’attendaient de désir. « L’Esprit et l’Épouse disent : ‘Viens !’ Celui qui entend, qu’il dise : ‘Viens !’ Celui qui a soif,  qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. Et celui qui donne ce témoignage déclare : ‘Oui, je viens sans tarder.’ – Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! ». Cette attente réciproque (nous attendons que le Seigneur vienne dans sa gloire, et Lui attend que nous allions vers Lui), la liturgie nous la fait dire et même chanter de manière paradoxale. Après le récit de l’institution au cœur de la prière eucharistique, alors que le Christ se rend réellement présent en son Corps et son Sang, devant nous pour devenir notre nourriture, nous chantons : « Gloire à Toi qui étais mort, gloire à Toi qui es vivant, notre Sauveur et notre Dieu ! Viens, Seigneur Jésus ! » Il se met à portée de main et pourtant nous Lui demandons de venir encore.
 
Ce va-et-vient de la prière pourrait indiquer un grand mouvement par lequel le Seigneur voudrait à la fois inviter chacun et lui permettre de Le rejoindre, quitte à le chercher. Cet admirable échange, pour paraphraser saint Augustin, récapitulerait toute l’Histoire et donc toutes nos histoires en Christ pour ne faire qu’un avec Lui. C’est le sens de la prière de Jésus au moment où il achève sa mission sur la terre des hommes. Alors que l’angoisse en Lui grandit à mesure que se renforce la certitude que sa vie devra être livrée et toute donnée, Jésus supplie le Père que « que tous soient un […] Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. ». Ne nous y trompons pas ! Cette unité n’est pas d’abord celle de l’horizontalité qui découlerait d’un consensus mou et bonne aloi pour arriver à l’apparence d’une unité entre nous. Elle est celle, au contraire, de notre unité avec le Christ. Car si les uns et les autres nous communions profondément à Lui, alors nous nous trouverons unis les uns aux autres.

 
Le double chemin est tracé : à nous de l’emprunter. Sans préférence de l’un sur l’autre. Tu es là, Seigneur, et pourtant nous ne cessons d’aller à Toi.
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz