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Progressivement seront mis en ligne ici des articles de fond et d'investigation essentiellement en liturgie, mais aussi en d'autres domaines de la vaste et passionnante discipline qu'est la théologie !

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vendredi 6 décembre 2019

Homélie du 2ème dimanche de l'Avent (A) - 8 décembre 2019

« Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. » (Is 11, 3-4)
Qui ne rêve pas de cela ? Car nous savons le poids de la dictature des jugements faciles, des médisances, du travail de sape. Nous pouvons en être les victimes, y compris au sein de nos communautés chrétiennes. Les enfants et les jeunes peuvent être les proies du harcèlement dans leur école ou leur collège. Il est bon alors d’entendre ces paroles. Une petite voix cependant nous susurre avec malice à l’oreille : « arrête de rêver ! Ce n’est pas demain la veille ! ». Alors que faire ? Y croire ? Ne pas y croire ? Les choses sont un peu plus complexes qu’il n’y paraît.  
 
Comment est-ce donc possible ? À moins qu’on ne rêve d’un messie qui viendrait magiquement transformer le monde, sans que l’on n’y fasse rien, comme des disciples de Jésus ont pu rêver un moment qu’il allait arranger les choses, sans eux, malgré eux.
Et voici que la lecture du prophète Isaïe nous donne une indication qui doit orienter autrement notre réflexion. « Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer…» (Is 11,9-10). Nous découvrons que ce nouveau monde de justice et de paix coïncide avec un pays rempli de la connaissance du Seigneur. Nous sommes loin d’être une humanité remplie de la connaissance du Seigneur. Nous avons besoin de faire encore beaucoup de chemin, sinon pour être rempli de la connaissance du Seigneur, au moins pour en avoir une part suffisante pour éclairer notre vie.
 
C’est ainsi que nous pouvons comprendre l’appel de Jean-Baptiste : « Convertissez-vous car le royaume de Dieu est tout proche ». La conversion, c’est précisément soumettre et changer notre manière d’agir en fonction de la lumière venue dans notre monde. Et le royaume, c’est celui établi par la résurrection de Jésus, mais dont la réalisation concrète n’est pas achevée. Elle n’est pas achevée, non pas parce que Dieu aurait été empêché et qu’il aurait déjà usé ses forces ! Si l’accomplissement du royaume des Cieux n’est pas achevé en ce monde au moment où nous parlons, c’est précisément parce que nos cœurs ne sont pas encore disposés à accueillir le royaume, parce que, de par le monde, des multitudes d’hommes et de femmes ne participent pas encore à la connaissance du Seigneur. Devant chacune et chacun d’entre nous se pose la question décisive pour sa liberté : comment est-ce que je veux vivre ? Est-ce que je veux vivre selon la parole que Dieu me donne ou est-ce que je veux vivre en l’ignorant ?
 
Cette conversion concerne tous les domaines de notre vie. Elle concerne nos pensées, nos rêves, nos illusions, nos relations avec ceux qui sont les plus proches de nous, famille, amis… Elle concerne notre manière d’engager nos forces pour la transformation du monde, soit par notre travail, soit par la part que nous prenons à l’organisation de la société… Mais ce monde nouveau de justice et de paix attend que nous ayons préparé les chemins du Seigneur. C’est pourquoi nous devons entendre cette parole de l’épître de saint Paul aux Romains :  « ce qui a été écrit à l’avance l’a été pour nous instruire afin que grâce à la persévérance et au réconfort de l’Écriture nous ayons l’espérance » (Rm 15,4). Grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, c’est-à-dire grâce à notre détermination, à notre fidélité dans l’accueil de la parole de Dieu, à notre recherche quotidienne pour la méditer, aux décisions que nous sommes amenés à prendre pour la mettre en pratique, nous pourrons hâter le temps béni du royaume.
 
Oui, aujourd’hui, le Royaume des Cieux s’est fait proche, aujourd’hui la violence et l’injustice peuvent être éradiquées si nos cœurs fortifiés par la parole de Dieu persévèrent dans la volonté de faire ce que Dieu attend de nous.
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz  

vendredi 29 novembre 2019

Homélie du 1er dimanche de l'Avent (A) - 1er décembre 2019

« Dis, Papa ! C’est quand qu’on arrive ? ». Cette interrogation, que de fois ne peut-elle pas être lancée, par les enfants au long d’un voyage ! Et que de fois ne provoque-t-elle pas chez le questionné un agacement certain. « Dis, Papa ! C’est quand qu’on arrive ? ». Cette question, nous la posons de manière tout aussi compulsive à Dieu. Mais quand adviendra donc la fin ? Quel est le moment où le Christ reviendra ? Entendez : pour qu’il nous trouve prêts et aussi – avouons-le – pour arrêter de jouer avec la vie et prendre une posture enfin un tant soit peu sérieuse. Car si nous connaissions ce moment, nous pourrions nous organiser et planifier notre conversion. Or, précisément, nous ne savons pas. Et nous nous trouvons assez paradoxaux :  à la fois nous désirons que ce monde change, qu’il passe et qu’il soit tout entier transformé par l’amour irradiant de Dieu et nous nous complaisons, en des comportement individuels et collectifs, à ne pas trop hâter ce jour.
 
Saint Augustin avait dit, en parlant du Christ : « Via viatores quaerit » (Je suis la voie qui cherche les voyageurs). Oui, frères et sœurs, nous sommes en chemin.  C’est un voyage que la vie nous fait faire et nous n’en connaissons pas le terme. Ou, plutôt, ce que nous savons comme ferme et assuré, c’est que l’issue de ce voyage est la sainte cité de Dieu, « la montagne de la maison du Seigneur » qui se tient « plus haut que les monts » et « s’élève au-dessus des collines ». Et voilà sans doute pourquoi, d’année en année, le temps de l’Avent veut nous remettre en marche, avec allant et entrain. Nous ne sommes pas livrés au néant. Pour nous, l’Histoire a un sens et donc un avenir. Le Christ Seigneur en est la clé de compréhension et il nous entraîne à sa suite, « voie qui cherche les voyageurs ».  
 
Commencer par la fin, voilà qui n’est pas banal ! Nous débutons l’année liturgique par un enseignement de Jésus qui annonce sa venue à la fin des temps et qui nous invite à la vigilance afin d’être prêts à l’accueillir à tout moment : « Tenez-vous donc prêts, c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra ! ». C’est que le temps de l’Avent est à la fois le temps du commencement et celui de la fin. Je vous invite certes à considérer votre vie personnelle, mais plus largement encore l’histoire de l’humanité. La naissance de Jésus a très secrètement bouleversé le cours de l’histoire humaine. Car Celui qui est né de Marie, c’est l’Emmanuel, Dieu « en personne » qui a décidé de venir pour être avec nous, pour habiter quotidiennement au cœur de nos histoires, jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28,20).
 
La force du chrétien est de croire que la nouveauté promise s’est infiltrée en profondeur en ce monde et que la nuit ne l’emportera jamais sur le jour. Notre vie ne s’arrête pas à ce que nous en percevons. Elle a une dimension cachée, secrète et subversive. Ainsi, quand la ville de Jérusalem est assiégée par les armées assyriennes, le prophète Isaïe annonce que Dieu va libérer son peuple et réunir toutes les nations sur sa montagne sainte, à Jérusalem. Au moment où les armes menacent de tuer, il a l’audace de faire cette annonce : « Des épées, on forgera des socs de charrue, des lances, on fera des faucilles. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation. On ne s’entraînera plus à faire la guerre. » C’est l’espérance qui donne cette audace au prophète Isaïe ; il sait que Dieu va venir sauver ce monde de ses guerres fratricides. Cette semaine, lors de son voyage au Japon, le pape François a lancé un appel pressant aux gouvernants et aux consciences pour renoncer à l’arme atomique – « immorale » –, à la dissuasion – une « fausse sécurité » – et pour engager une démarche « collective et concertée » vers « une paix désarmée » qui, seule, peut « garantir un avenir commun » dans un monde globalisé et conscient de la vulnérabilité de la planète. A chaque fois que nous aurons ainsi progressé chacun dans son cœur, et nos sociétés par l’engagement de chacun, nous nous rapprocherons du temps où, enfin, Dieu pourra nous trouver prêts.
« Dis, Papa ! C’est quand qu’on arrive ! ». Saint Paul le rappelait comme une vérité élémentaire : « le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants ». Alors, frères et sœurs, « c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. » et d’éveiller vos consciences.
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz

samedi 16 novembre 2019

Homélie du 33ème dimanche du Temps oridnaire (C) - 17 novembre 2019

Je vais vous faire une confidence : je n’aime pas ce temps, ce moment de l’année, ou plutôt ce qu’il est devenu. Voici que nous sommes encore dans le temps ordinaire de la liturgie, un sapin de Noël s’est déjà planté devant notre église. Un peu partout des chalets surgissent de terre, annonciateurs d’un marché dit de Noël qui commencera dans quelques jours alors que nous serons éblouis tant par les illuminations que l’ambiance consumériste qui déferlera sur nous. L’affiche censée faire la promotion d’une opération somme toute commerciale d’un marché destiné à préserver le sens de Noël ressemble plus à une campagne publicitaire d’un grand magasin de la place Kléber. Et nous voici donc pris en tenaille entre ce que nous voudrions vivre, l’Avent et le temps de l’attente, et ce que nous aurons sous les yeux. Nous aurons du mal à nous préparer avec sérénité et intériorité à la venue d’un Enfant-Dieu que l’on s’apprête ainsi à mettre, prématuré, en couveuse. Mais nous n’aurons pas le choix. Et avec audace nous allons nous préparer. Et finalement c’est ce qui est intéressant. Conjonction et entrechoquement des temporalités qui font jaillir en nous une tension féconde.
 
Y avez-vous déjà prêté attention ? Depuis la semaine passée, les textes de la liturgie nous invitent à considérer la fin des temps, lorsque toutes choses seront récapitulées en Christ. Et à peine nous aurons devant les yeux de la foi ce Christ de gloire jugeant l’humanité, nous serons invités à l’attendre, encore. Paradoxe du Royaume de Dieu, déjà au milieu de nous et encore à construire. Aujourd’hui certains disciples de Jésus se délectent de ce qu’ils contemplent au Temple. Ils prennent l’image – ce qu’ils voient – pour la réalité – qu’ils ne voient pas encore. Or cela passera, leur dit Jésus. Ils ne peuvent s’installer confortablement dans ce temps. Le Règne de Dieu les tire encore plus loin, plus en avant. Mais eux veulent savoir. Quand cela arrivera-t-il ? Quand l’image laissera place à la réalité ?
 
Nous avons affaire aujourd’hui à une sorte de « message codé ». Le « jour du Seigneur » serait comme l’apparition d’un soleil dont les rayons guériraient les justes, mais brûlant comme une fournaise pour consumer les impies. Souvent les mots manquaient pour décrire le passage de ce monde perverti à un autre plus parfait. C’est pourquoi la tradition biblique s’est forgé un langage, une sorte de code. Avec des images de bouleversements cosmiques, elle cherche à signifier et à symboliser la fin de ce monde mauvais. Ces expressions de catastrophes n’indiquent nullement le « comment » de ce qui va arriver, mais bien plus l’espérance en un monde meilleur, donné par Dieu. Parce que s’ils indiquaient le « comment », nous serions ici proches de ce jour avec les deux secousses sismiques que nous avons vécues la semaine passée ! Et donc, comme dans un message codé, le plus important n’est certainement pas le code, mais plutôt le message, l’important pour nous n’est pas de nous appesantir sur ces images étranges qui abondent dans le texte, mais bien de rechercher la foi qui se cache derrière ces images.
 
Le Christ nous propose de vivre ces temps comme un temps pour le témoignage et non pour la peur. Discerner les signes des temps au milieu de nous devrait bien plus occuper notre quotidien que tous les prophètes de malheur voulant nous en détourner dans des solutions faciles voire contraires à l’Evangile. Dans l’adversité, il s’agit donc de demeurer dans la confiance en Dieu, parce que nous voulons croire que, décidément, rien ne lui est impossible. La certitude de la venue du Seigneur habite toute la vie de l’Eglise sinon elle ne serait qu’une ONG de plus parmi tant d’autres. Le Christ doit revenir certes, mais au milieu des tempêtes de ce monde, des questions qui demeurent sans réponse, il reste mystérieusement présent à son Eglise, la soutenant dans le témoignage qu’elle a à donner, inspirant même les réponses que chacun devra proclamer face à ses détracteurs.
 
Chaque jour, par notre persévérance et notre confiance en Lui, nous construisons un peu plus ce Royaume, jusqu’au jour inconnu de son achèvement. Là alors il nous trouvera prêts, debout et vigilants.
 
 AMEN.
 
Michel Steinmetz †   

jeudi 31 octobre 2019

Homélie du 31ème dimanche du Temps ordinaire (C) - 3 novembre 2019

Je me suis toujours imaginé Zachée comme un homme certes petit, Luc nous le dit, mais aussi grassouillet et peu habile à grimper au sycomore. Sur la balance, il aurait tendance à faire bouger l’aiguille. Mais sur la balance de Dieu, pour reprendre l’image du livre de la Sagesse, le poids de sa faute est peu de choses, comparé à la grâce que Dieu va lui faire. C’est souvent, et à tort, une leçon morale que l’on dégage de cet épisode. On y voit la nécessité de se convertir en partageant ses richesses avec les pauvres. Mais il y a là un enseignement bien plus large et profond : la rencontre entre Jésus et Zachée nous révèle en Jésus, un Dieu en recherche de l’homme, et, en Zachée, un homme en quête de Dieu, ouvert à la conversion.
Jéricho. Jésus traverse Jéricho sans parole, sans dire mot. Jéricho, c’est la ville la plus ancienne selon l’archéologie, mais, pour un Juif, à la fois la ville sacerdotale et le lieu païen de trafic douanier. Rome y a ses comptoirs et sa garnison. Porte de la Terre promise, vers laquelle Josué envoya deux espions qui se cachèrent sur la terrasse de Rahab, la prostituée.
Zachée. Son prénom est déjà tout un programme. D’autant qu’on sait que le nom, pour un Hébreux, est toujours porteur d’une mission. Il a un sens. Il désigne une fonction. Il détermine une vocation. Il assigne une charge. Zachée en Hébreux signifie : le pur. Pourtant par sa profession : « exactor » : percepteur d’impôts (comme l’évangéliste Mathieu), Zachée est corrompu. Percevant les impôts de Rome, par une profession obtenue aux enchères, donc en payant grassement le pouvoir romain, puis en se remboursant par une majoration des impôts auprès de ses concitoyens, il un collabo doublé d’un voleur. Paradoxe que ce nom de pureté et cette profession de péché ! Paradoxe de ce qu’est tout homme : un mélange de bien et de mal, et donc, avec en lui, marqué comme une identité, un appel à la conversion.
Qu’en est-il de cet homme ? Avait-il appris la conversion de son collègue Mathieu, si heureux à la suite de son nouveau maître ? Ou était-il perplexe devant cet argent mal acquis ? Et, pour lui, ce Jésus qui est-il donc en fait ? Ce ne doit pas être par « pure » curiosité que Zachée cherche à voir Jésus. Il court, sort de la ville, monte sur un arbre...Voilà non seulement qui est peu compatible avec sa position d’homme rangé en Israël, mais voilà surtout qui révèle, selon l’évangéliste, sa volonté active, efficace et persévérante de rencontrer Jésus. Zachée escalade un sycomore. Ce figuier sauvage à branche basse, est, en Israël, le symbole de la loi mosaïque et du temple. Ainsi, pour trouver comment bien vivre, Zachée se servait de la Loi et du culte, du moins, il en était informé. Mais tout cela ne serait-il pas périmé ? Il grimpe à l’arbre mais le Salut n’est pas obtenu par l’escalade de préceptes ni par la multiplication d’efforts impossibles. La loi est tout aussi inefficace que le sacerdoce ancien (Jéricho) pour être justifié ; tous deux sont destinés à disparaître. Il faut descendre et suivre l’invitation de Jésus.
Aimé de Dieu, ou aimanté par Dieu, le voici appelé à changer ! Zachée est « regardé haut avec amour » par Jésus. Nous pouvons expérimenter le passage de Jésus quotidiennement en chaque eucharistie. Certes notre première conversion a eu lieu lors de notre baptême et toute notre vie chrétienne est comme une seconde conversion, journalière. La vie durant, chaque jour passant, communiant au Seigneur de gloire lors de nos célébrations, son invitation est pressante : « aujourd’hui le salut est entré dans cette maison ». L’appel à suivre Jésus et la réponse quémandée (son nom classique est la conversion) sont toujours uniques. Nous n’avons que des variantes du rapport entre l’appel et la décision. Le « suis-moi » requiert autant de réponses que de sujets convertis. Dieu nous parle à partir d’un lieu de l’âme propre à chaque être. Et de cette zone indicible de l’âme chaque élu livre sa réponse en une vie d’amour et de fidélité, à hauteur d’homme, avec humilité, confiance et compassion. Chacun de nous est un Zachée. Chacun est appelé à le devenir dans sa conversion.
 
AMEN.
                       
Michel Steinmetz 

Homélie de la messe de suffrage pour tous les fidèles défunts - 2 novembre 2019

Il n’est pas neutre qu’au lendemain de la solennité de tous les saints, l’Eglise, dès le XIe siècle, ait voulu se souvenir de l’ensemble des frères et sœurs défunts par une journée spéciale consacrée à leur souvenir et surtout à la prière pour eux. Pourtant, porter ainsi les défunts dans la prière au lendemain de la Toussaint renseigne sur un aspect essentiel de notre foi. Cela indique une direction. Nous nous souvenons de nos défunts par le prisme de la sainteté.
 
C'est un peu comme un vitrail qui colore l’intérieur de notre espace. Nous sommes dans l’église encore dans la pénombre, mais déjà la lumière arrive du dehors et nous éclaire, tout en faisant chatoyer sur nous, sur les murs, les traces lumineuses des coloris des vitraux.
A l’extérieur, il y a la lumière du soleil, image de la lumière du Christ qui est toujours plus forte que nos ténèbres. Entre cette lumière et nous, les vitraux. Certains sont plus sombres, d’autres plus clairs. Certains ont besoin d’une lumière plus vive pour faire danser les couleurs et être traversés par la clarté. Pour certains, il suffit d’un rayon de soleil pour que tout s’illumine et semble briller de mille feux. D’autres encore, salis et appauvris pour les outrages du temps, auront besoin d’une restauration : il faudra que nous y mettions du nôtre pour qu’ils retrouvent leur splendeur première.
Ces vitraux, ce pourrait être nos défunts. Parvenus au terme de leur route au milieu de nous, ils se sont approchés de la lumière du Seigneur. Ils y sont plus directement exposés. Certains auront besoin d’un peu plus de temps pour se laisser complètement traverser par la grâce et redevenir rayonnants. Le mystère et la complexité de leur vie, ses blessures et ses outrages, auront eu quelque peu raison de leur cœur. Mais devant l’amour rayonnant du Seigneur, et avec une telle puissance, ils finiront par redevenir lumineux. D’autres au contraire, et heureux sont-ils, auront passé leur vie à se laisser fasciner par la lumière qu’ils pouvaient déjà contempler. Ses formes, ses chatoiements, ses traces sur leur corps auront creusé leur désir d’être déjà, à leur manière, rayonnants de la présence du Seigneur. La lumière reçue, ils auront déjà voulu la communiquer autour d’eux. Pour d’autres encore, une restauration sera nécessaire. Elle demande notre intervention. Il ne s’agira pas pour nous de nous transformer en artisans-verriers, à manier le verre et le plomb. Il s’agira pour nous de devenir des priants et des intercesseurs en leur faveur !
C'est bien là que notre prière aujourd’hui prend tout son sens. Comme chrétiens, nous ne faisons pas aujourd’hui que de nous souvenir. Nous prions. C’est tout différent. Nous intercédons pour nos défunts auprès du Seigneur comme nous sommes sûrs qu’ils mettent à profit leur nouvelle proximité avec le Seigneur pour intercéder aussi pour nous. Membres d’une unique famille, la famille du Christ, dans la communion ses saints que la mort ne vient pas rompre, nous restons unis dans une solidarité fraternelle et spirituelle. 
 
Ce que nous pouvons déjà saisir de la vie qui nous attend dans notre patrie céleste est aussi un encouragement pour nous à vivre autrement. Aujourd’hui, au lendemain de la Toussaint, notre espérance est raffermie parce que nous avons mieux compris que Dieu nous appelle toutes et tous à lui. Pourtant, il nous faut laisser sa lumière nous traverser pour que nous devenions resplendissants de son amour. De là-haut, nos frères et sœurs défunts nous y appellent ! Il nous faut rendre compte de l’espérance qui est en nous, non comme des spectateurs passifs qui resteraient là à contempler ce qui se passe pour d’autres, mais comme des saints en devenir, joyeux de voir Dieu à l’œuvre ! Il nous faut montrer le Christ ressuscité. Le montrer à travers l’annonce de la Parole, mais surtout à travers nos vies de ressuscités. Le montrer par la joie d’être des enfants de Dieu ! Tournons-nous vers la patrie céleste, nous aurons une lumière et une force nouvelles également dans notre engagement et dans nos difficultés quotidiennes. C’est un service précieux que nous pouvons rendre à notre monde qui souvent ne réussit plus à lever les yeux vers le haut, qui ne réussit plus à lever les yeux vers Dieu !
 
 
AMEN.
                                                                     
Michel STEINMETZ

Homélie de la solennité de Tous les Saints - 1er novembre 2019

L’expérience de chacun des auditeurs de Jésus, comme la nôtre, ce n’est pas que les gens sont heureux quand ils sont pauvres, ce n’est pas qu’ils sont heureux quand ils pleurent, ce n’est pas que les artisans de paix sont vénérés en ce monde. Au contraire, l’expérience que nous vivons, c’est l’inverse ! Ainsi, cette capacité de voir ce qui ne se voit pas, d’annoncer ce qui n’est pas encore réalisé, c’est une prophétie de Jésus prononcée sur ceux et celles qui l’écoutent et elle est prononcée aussi sur nous aujourd’hui. Jésus nous annonce le sens qui demeure encore caché de ce que nous vivons. Comme nous le disait l’épître de saint Jean, ce que nous sommes n’apparaît pas encore, ou plutôt, ce que nous sommes n’est pas reconnu par ceux qui nous entourent s’ils ne veulent pas reconnaître Dieu. C’est pourquoi le monde ne nous connaît pas : il n’a pas connu Dieu. Être disciple du Christ, c’est peut-être la source d’un bonheur, mais c’est certainement le point de départ d’une persécution : « Heureux êtes-vous si on vous insulte, si on vous persécute et si on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi » (Mt 5,11). Cette prophétie ne nous est pas donnée pour nous consoler de ce que nous vivons, mais pour nous annoncer vers où nous conduit le chemin que nous suivons.
 
La prophétie de Jésus est aussi une promesse : elle veut dire à ceux et à celles qui vont se mettre à la suite du Christ, après avoir entendu ce que l’on appelle le sermon sur la montagne, qu’ils s’acheminent vers le bonheur. Nous savons par le déroulement des évangiles qui suivent les événements qui ont marqué le chemin de Jésus, comment ce cheminement vers le bonheur va paraître de plus en plus énigmatique au point que beaucoup vont se détourner de lui. Jésus sera amené à poser cette question à ses disciples : et vous, allez-vous aussi me quitter ? Vous connaissez la réponse que Pierre lui a faite : « à qui irions-nous Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68).
Cette promesse est une espérance pour l’humanité, car elle est par un tout petit groupe de personnes, si petit qu’on pourrait pratiquement établir la liste de leurs noms au-delà des douze, quelques femmes groupées autour de Marie, et quelques disciples restés fidèles. Cette promesse concerne l’univers entier, au-delà des frontières du peuple élu. C’est ce que la vision de l’Apocalypse remet devant nos yeux : le Christ glorifié auprès du Père accueille la multitude de la descendance d’Abraham, des douze tribus. Mais au-delà de ce groupe des élus, des cent quarante-quatre mille descendants des fils d’Abraham, le visionnaire de l’Apocalypse voit une foule immense qui, celle-là, est innombrable et n’est pas descendante d’Abraham selon la chair : « une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7,9) qui débordent les limites visibles du peuple élu. Cette foule, cette multitude, nous savons qu’elle déborde ce que nous voyons et ce que nous connaissons.
Au long des siècles, l’Église a désigné des saints qui sont reconnus comme élus de Dieu, et très rapidement, elle a pris conscience que la sainteté déborde de toute part parce qu’elle enveloppe l’Eglise entière. Il lui fallait honorer non seulement les saints connus, les saints reconnus, mais encore ceux que l’on n’avait pas identifiés. Mais en cela, nous sommes encore dans les limites et le cadre visible de l’Église et nous oublions la multitude de saints qui existent hors de l’Église, comme nous le montre le jugement dernier dans l’évangile de saint Matthieu où Jésus reconnaît la sainteté de celles et de ceux qui ont, selon leur conscience, et dans la fidélité à la voix de leur conscience, mis en pratique le commandement de l’amour à l’égard de leurs frères. Ceux-là, nous ne pouvons pas les identifier, nous ne les connaissons pas mais ils existent. Cette multitude d’hommes et de femmes est une espérance pour nous tous. Certes, nous reconnaissons que nous sommes pécheurs, nous reconnaissons notre difficulté à suivre exactement la parole du Christ, nous reconnaissons la tiédeur de notre amour pour Dieu et la tiédeur de notre amour pour nos frères, et cependant nous ne perdons pas l’espérance car nous savons que Dieu est plus grand que notre cœur !
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz

vendredi 18 octobre 2019

Homélie du 29e dimanche du Temps ordinaire (C) - 20 octobre 2019

Elle est redoutable la question par laquelle se termine l’évangile que nous venons d’entendre. « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » (Lc 18, 8) Car évidemment, cette question s’adresse aux auditeurs de Jésus, en l’occurrence ses disciples, mais à travers eux, elle s’adresse à tous ceux qui leur ont succédé et qui ont reçu, à travers les générations précédentes, l’annonce de la Bonne nouvelle, l’appel à la foi et, pour certains, une éducation et un apprentissage les aidant à découvrir le sens de cette foi et l’appel qu’elle représente dans notre manière de vivre. Depuis déjà fort longtemps les sondages et les statistiques se multiplient pour nous expliquer que la foi disparaît. Or la vitalité et la force du peuple chrétien sont une réalité, qui n’est pas seulement une réalité épisodique mais une réalité continue, et c’est à ce peuple chrétien que la question est posée : allez-vous être fidèles à la foi que vous avez reçue ? Allez-vous la nourrir, la fortifier et la développer ?
 
Qu’est-ce que c’est la foi ? C’est bien difficile à dire ! On peut toujours affirmer que la foi, c’est d’abord adhérer, reconnaître, accepter un certain nombre de vérités sur Dieu et sur l’homme, si bien que peu à peu, on finit par croire que la foi se réduit à un catéchisme. Le catéchisme donne un contenu doctrinal à la foi, il ne se substitue pas à la foi. On peut apprendre par cœur un catéchisme, on peut très bien posséder le contenu doctrinal, le contenu des idées de la foi, mais il reste que la foi n’est pas seulement un contenu doctrinal ou un ensemble d’idées, c’est une manière de vivre qui se définit par rapport à une personne, Dieu, lequel, comme vous le savez par votre expérience et par ce que nous en dit l’Écriture, « nul ne l’a jamais vu » (Jn 1, 18). Et c’est précisément pour cela que notre relation avec Dieu relève de la foi, c’est-à-dire d’un acte de confiance.Cette expression de notre confiance à la parole de Dieu n’est pas aveugle car elle s’appuie sur les signes qu’il a donnés de sa présence et de son action à travers l’histoire du peuple d’Israël comme nous le rappelait le Livre de l’Exode, à travers la vie, les actes, la mort et la résurrection de Jésus, à travers des générations de chrétiens qui ont constitué l’histoire de l’Église. Nous savons que Dieu intervient dans l’histoire des hommes, et c’est toute la question de la foi. Faisons-nous confiance à cette intervention de Dieu dans l’histoire des hommes ? Sommes-nous suffisamment convaincus que Lui, et Lui seul, peut venir en aide à notre existence ?
 
L’obstination de cette veuve qui prie le juge indigne, est une figure que Jésus nous donne pour nous révéler une représentation de la persévérance de la prière. Celui qui croit, c’est d’abord celui qui reconnaît la présence de Dieu dans sa vie et dans l’histoire du monde. Mais cette persévérance dans la prière, signe visible pour nous de la foi, n’est pas seulement la persévérance individuelle de chacun d’entre nous, c’est la persévérance de l’Église qui prie sans cesse à travers chacun de ses membres, à travers le corps ecclésial réuni en communauté, comme nous le sommes aujourd’hui, ou rassemblé dans des communautés de prière. Nous l’entendions : Moïse étendait les bras et priait Dieu, et tant que ses bras étaient levés, le camp d’Israël avait le dessus, et quand ses bras fatigués tombaient, le camp d’Israël avait le dessous. Aussi a-t-il fallu pour maintenir la permanence de cette prière tout au long du combat étayer Moïse ! On lui a fourni un siège pour s’appuyer et des points d’appui pour reposer ses bras et ne pas les laisser tomber au risque de voir Israël vaincu. Cette représentation très imagée, très figurative, nous aide à comprendre qu’il n’y a pas de possibilité humaine d’être seuls à persévérer dans la prière.
 
Ne craignez pas, frères et sœurs d’être importuns et insistants dans la prière. C’est à cette condition que nous pourrons proclamer à temps et à contretemps, en faisant, comme saint Paul y invite son disciple Timothée, à la fois des reproches quand il nous semble que l’assoupissement et la tiédeur gagnent le cœur des croyants, mais aussi des encouragements pour stimuler le dynamisme de la foi et de la charité, avec une grande patience et le souci d’instruire.
 
AMEN.                
 
Michel Steinmetz