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Progressivement seront mis en ligne ici des articles de fond et d'investigation essentiellement en liturgie, mais aussi en d'autres domaines de la vaste et passionnante discipline qu'est la théologie !

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samedi 4 juillet 2020

Homélie du 14ème dimanche du Temps ordinaire (A) - 5 juillet 2020

"Mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger ». Tellement plus facile à dire qu’à vivre surtout lorsque nous avons l’impression que tout nous tombe dessus, un peu « comme si le ciel nous tombait sur la tête » pour reprendre l’expression de la tribu d’Astérix et Obélix. Mais nous n’avons pas la chance de ces derniers : boire de la potion magique pour vaincre nos peurs, sauf pour Obélix qui comme vous le savez, était tombé dedans quand il était petit. Non, nous n’avons pas de potion, nous avons plus que cela : une foi, une confiance en ce Dieu qui se révèle en Jésus Christ et qui nous affirme : « mon joug est facile à porter et mon fardeau léger ».
Pourtant, dans l’évangile, Jésus semble poser une condition. Cette expérience n’est possible que pour celle et celui qui consent à l’attitude du petit et du simple. Bien souvent, on a pu présenter le christianisme comme une spiritualité qui affectionne la dépréciation de soi. C’est profondément faux, car il ne s’agit pas de se dévaloriser. Se faire tout-petit ne s’oppose pas plus à la science, mais exige une disposition du cœur qui reconnaît que tout vient de Dieu, tout est par Lui et tout est pour Lui. De cette humilité, les contradicteurs de Jésus en manquent au point qu’ils ont enfermé Dieu dans leurs certitudes abscondes au lieu de jeter dans son infini leurs quêtes, voire même leurs doutes. Enfermés sur eux-mêmes, ils en deviennent hermétiques à la grâce. Les irréductibles Gaulois du village d’Astérix, eux, savent qu’ils ne sont rien sans leur potion magique. Et si nous en faisions de même, en acceptant que, sans le Christ, nous ne pouvons rien ?
Ainsi, pourquoi Jésus dit-il qu’avec lui notre fardeau peut être allégé ? Très simplement parce qu’avec Lui, c’est nous qui nous nous laissons porter. Je pourrai utiliser deux images. Ou bien imaginez que vous portez quelque chose de très lourd et que le Christ vient vous aider à porter cette charge : du coup vous continuez certes de la porter, mais elle devient supportable. Ou bien, et il faut aller jusque-là, vous vous imaginez maintenant que non seulement le Christ vient porter le poids avec vous, mais qu’en plus, Il vous charge, vous et ce fardeau, sur ses épaules à Lui et vous porte tout entier. Parce que le Dieu que nous révèle Jésus et qui se révèle en lui ne reste sur la touche du stade de nos luttes humaines. Le Christ s’engage aux côtés de chacun de nous. Il ne reste pas extérieur, mais il se fait intime à nous-mêmes plus que nous-même et plus que n’importe qui ne peut le faire. Et voilà pourquoi il peut prendre sur lui nos fardeaux et nous aider à les porter. Voilà pourquoi il est celui que nous devons invoquer et supplier, sans jamais désespérer. Ce que personne d’autre n’est capable de faire, Lui peut le faire. Il le fait au point de prendre sur lui nos souffrances, nos misères, notre trop-plein de cette vie. Jésus est celui qui suggère de jeter en Dieu nos soucis : non pas les nier, faire comme s’ils n’existaient pas, mais les jeter en lui, perdre l’illusion que nous seuls pouvons sauver le monde et nous sauver avec. Jésus nous convie aussi à la solidarité, il nous invite à porter nos fardeaux les uns des autres et nous rendre participants de son œuvre.
 
En ce dimanche tout particulièrement, et comme un baume sur notre cœur, le Christ nous redit qu’il prend soin de nous. Par sa Parole, il nous guérit ; par son Pain, il nous nourrit ; par son Esprit, il nous vivifie. Alors, nous appartenons au Christ et nous sommes enfin, comme l’exprime Paul, « libérés de l’emprise de la chair (Rm 8, 9), c’est-à-dire ce qui s’oppose à Dieu et conduit à la mort. Que repos pour nous, après l’accablement d’un combat trop inégal pour notre faiblesse ! La force nous vient d’un roi humble, pacifique, la victoire appartient à cet étonnant guerrier, sans arme et sans armure, qu’évoquait le prophète Zacharie dans la première lecture.
 
Savourons donc dans la joie et la simplicité maintenant le repos qui nous offert dans le Fils. C’est une véritable « recréation » en profondeur pour notre cœur que nous sommes appelés à vivre en ces semaines d’été. Trouver en Christ le repos : que nous soyons déjà en vacances ou pas, cette promesse du Christ est la bienvenue en nos vies toujours surchargées.
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz

samedi 27 juin 2020

Homélie du 13ème dimanche du Temps ordinaire (A) - 28 juin 2020

Ne rien préférer à l’amour du Christ. « Messire Dieu, premier servi ! », disait Jeanne d’Arc, et avec elle, chacun à sa manière, une cohorte de saintes et de saints. Voilà qui nous semble, peut-être, comme une folie ou un abîme. L’aimer oui, lui faire une place assurément, mais de là à le préférer à tout... Car cette hypothèse évoque spontanément pour nous une longue liste de renoncements. Ceux-là même que Jésus commence par évoquer dans l’évangile : un père, une mère, un fils, une fille. Et chacun complètera allègrement la liste en passant aussi par notre zone de confort et tous ces plaisirs qu’il nous serait insupportable d’abandonner. Pourtant, ne vous sentez-vous pas de temps à autre comme prisonniers de vos devoirs, de vos obligations envers vous-même et envers les autres ? Or le propre du chrétien, c’est d’être un homme et une femme libre. Celui qui applique la belle sentence de saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux ». C’est vrai : la phrase est dangereuse. Evidemment Augustin n’entend pas promouvoir un esprit libertaire, celui qui permettrait à n’importe qui de faire n’importe quoi à partir du moment où, lui, estime « aimer ». Il s’agit d’aimer comme le Christ.

 
Pour aimer comme lui, il faut le mettre en centre de toute notre vie. Non en concurrence avec d’autres, mais comme le principe fédérateur, celui qui unit en lui toutes choses. Faire du Christ le point qui relie, le point de passage obligé qui transforme notre amour. Cela implique un décentrement : nous ne sommes plus au centre, mais nous laissons la place au Christ. Nous acceptons de ne plus être notre norme mais d’accueillir celle du Christ. « Accueillir », voilà un verbe particulièrement important dans la liturgie de la Parole de ce jour. Etre accueilli, nous rappelle l’évangile ainsi que les autres lectures, n’est pas quelque chose d’anodin mais bien de divin. L’accueil est échange, l’accueil est reconnaissance. Et l’accueil est aussi parfois un défi. En effet, il n’est pas toujours facile d’accueillir celles et ceux envers lesquels nous avons moins de sympathie. Nous ne sommes pas, non plus, toujours prêts à nous faire surprendre par certains événements de la vie. Parfois, nous sommes saisis par une situation que nous n’avions pas prévue. Elle déjoue nos plans, fausse nos prévisions, ébranle nos sécurités. Et nous voilà au cœur de la réalité, avec toutes nos questions et nos désirs de tranquillité, de n’être pas dérangés. Les défis, eux aussi, se comptent par milliers. Et voilà, qu’aujourd’hui, nous sommes à nouveau bousculés dans notre foi, nos certitudes. Le Christ nous convie à répondre à un défi qui dépasse notre imagination : celui de Le choisir. De Le choisir en vérité.
 
Il nous rappelle avec force, utilisant certaines images d’amour sans concession, que lorsque nous choisissons le chemin de la foi, ce choix n’est pas des moindres. Il demande de nous une disponibilité de cœur et d’esprit qui pourra nous conduire, lors de certains événements, à prendre une direction qui ne va peut-être pas dans le sens de notre humanité mais nous fera bifurquer vers ce qu’il y a de divin en nous.  Mais, avons-nous cette disposition intérieure à nous laisser émouvoir par l’amour radical de Dieu pour oser mettre nos pas dans les siens ?

Accueillir le Christ et le mettre au centre de notre vie comme Celui qui en assure la cohérence et l’unité, c’est être assuré, comme la femme sunamite qui offrit l’hospitalité au prophète Elisée, de recevoir une grande bénédiction et d’être surpris au-delà de ce qu’on peut imaginer. Suivre le Christ et ne rien préférer à Lui, c’est ne pas s’opposer à la grâce du baptême. Ce baptême qui abolit la frontière entre le Christ et nous, celui qui nous permet de vivre une « vie nouvelle », c’est-à-dire une vie qui n’est plus centrée sur nous-même mais qui se découvre profondément libre. Cette vie sera débarrassée de ses lourdeurs et de ses pesanteurs, de ses peurs aussi. Dorénavant, en acceptant que le Christ, je commence à entrer dans la vie de Dieu, ou plutôt de faire entrer ma vie dans celle de Dieu.  
 


 
 «Vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus-Christ ».
 
 
AMEN.
 
 
Michel Steinmetz

samedi 20 juin 2020

Homélie du 12ème dimanche du Temps ordinaire (A) - 21 juin 2020

En exhortant les Douze « à prendre garde aux hommes », Jésus les invite - un peu paradoxalement – à « ne pas les craindre ». Comme si la crainte s’opposait à la rencontre en vérité.
Déclarant que « tout ce qui est voilé sera dévoilé », le Seigneur offre un peu d’espérance à ce « monde de brutes » ! Mais il ne nous  faudrait pas nous réfugier dans ces paroles pour y trouver une justification à une quelconque haine du monde. Il faut bien plutôt y voir une invitation à participer, comme ce fut le cas pour les apôtres, à la mission du Christ.
Nous savons que la persécution et l’injustice ne font pas partie du passé de l’humanité. Ces derniers jours l’ont encore montré quand la couleur de la peau semble engendrer la discrimination, voire la mort, ou encore – dans un autre genre – quand la séparation des pouvoirs au sein d’un état de droits pourrait être menacé.
 
Comme un baume réconfortant sur les blessures de l’humanité, Jésus affirme « tout ce qui est voilé sera dévoilé ».  Il y a là une réelle raison d’espérer. Que de fois ne sommes-nous pas démobilisés en regardant notre société ? Que pouvons-nous faire contre la guerre, les injures à la dignité humaine, la violence contre les plus faibles, les enfants notamment ? Nous ne voulons pas être coupables de tout ce mal qui se déchaîne… et pourtant, nous restons les bras ballants. Que de fois nous nous révoltons contre l’injustice dont nous sommes victimes, de la calomnie qui nous détruit ? Que pouvons-nous y faire ?
Alors nous sommes heureux d’entendre cette promesse : il arrivera bien un jour où « tout ce qui caché sera connu ». Enfin ! Nous n’aurons pas attendu en vain. Nous savons bien que le Seigneur reconnaîtra les siens… Oui, face au mystère de mal, nous croyons que c’est la Bonne Nouvelle de Dieu qui l’emportera.
 
Nous reposer sur une telle espérance peut à la longue nous entraîner d’une part à une démobilisation et, d’autre part, à une haine et un rejet de ce monde.
Une démobilisation, tout d’abord. En effet, vivre avec cette certitude que le Fils se prononcera devant son Père pour qui s’est prononcé pour lui et reniera de la même manière qui l’aura renié peut nous conduire à estimer que, quoi que nous fassions, le Seigneur aura de toute façon le dernier mot. Alors nous ne nous soucions plus que de notre propre salut, et après nous le déluge ! Nous délaissons notre responsabilité commune face au monde. Pourquoi nous battre pour plus de justice, de fraternité, de paix, si Dieu lui-même s’en charge ?
Une haine et un rejet du monde, ensuite. A force de vivre en décalage avec les aspirations hédonistes et matérialistes de notre société, à force de vivre dans le rêve permanent d’un ailleurs meilleur et promis, nous pourrions en arriver à haïr le monde. On s’en prend aux chrétiens, on les défavorise, aucun de nos efforts n’est payant, rien ne change… comme si tout cela pouvait justifier notre aversion de ce monde. Pourtant, nous en sommes ! Le Père Teilhard de Chardin disait très justement qu’« on ne convertit que ce qu’on aime ».  Et pour aimer, il ne faut ni craindre, ni haïr.
 
Pourquoi ne pas faire de cette phrase de Teilhard notre devise ? Et si nous participions à la mission des Apôtres ? Tout compte fait, les paroles de Jésus nous sont bien adressées aujourd’hui. Et si donc nous participions à l’œuvre de Dieu, c’est-à-dire à mettre en lumière ce qui mérite de l’être, pas seulement de dénoncer le mal et de se focaliser sur lui, mais aussi de promouvoir le bien ? Notre rôle ne serait-il pas de savoir détecter tous les signes du Royaume déjà présents dans notre monde, tel qu’il est ? Toutes les semences, même fragiles, de paix, de réconciliation, de justice, de partage, qui font déjà germer la nouvelle création. Et peut-être aussi de ne pas que les détecter mais d’en être à l’origine… Car nous avons cette assurance qu’on n’arrêtera pas le Royaume de Dieu, rien n’aura raison de lui, et donc rien n’aura raison de nous lorsque nous défendons la loi nouvelle de l’Evangile. « Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits ! Ne craignez pas… ! ».
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz

samedi 13 juin 2020

Homélie de la solennité du Corpsu Domini - dimanche 14 juin 2020

Libération

Les dernières semaines ont été pour certains une traversée du désert dans l’affrontement d’une solitude, isolement d’eux-mêmes avec eux-mêmes, ou d’une cohabitation familiale qui a révélé des fragilités relationnelles. Pour d’autres le retour à présent à des activités « ordinaires » quoique toujours incertaines, peut engendrer d’autres peurs : peur de retrouver des relations sociales, peur de tomber malade, peur devant un contexte économique considérablement fragilisé. L’expérience du désert est constitutive de l’identité du peuple élu, et c’est ainsi que nos frères aînés dans la foi l’entendent encore aujourd’hui. Malgré les dangers du désert « vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif », l’incertitude quant à la destination, les difficultés de survie dans ce milieu profondément hostile, le peuple se sait conduit. Finalement son expérience d’apparente errance poursuit l’expérience de libération entreprise à la sortie d’Egypte. Et cette libération se comprend comme l’expérience de ne pas être seul. Dans la faim et la soif qu’endurent le peuple, Dieu lui donne cette nourriture étrange qu’est la manne et fait « jaillir l’eau de la roche la plus dure ». Tout cela afin que l’homme se rappelle qu’il « ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ». En d’autres termes, c’est un décentrement que Dieu opère quand il agit. Nous-mêmes, si nous consentons à relire ces dernières semaines si étranges comment une occasion pourtant de se laisser conduire, cela deviendra aussi une expérience de libération, de nous-même, de nos angoisses, de nos failles. Croire que le Seigneur nous accompagne sur ce chemine et qu’il nous conduit : voilà l’enjeu !
 
Communion
 
L’expérience de libération est en définitive l’expérience d’une présence de Celui qui devient plus intime à nous-même que nous-même en se faisant nourriture. Il s’agit pour nous de réaliser une « vie eucharistique ». S’il est vrai que l’hostie consacrée contient la personne du Christ que l’« on reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; [qu’] il est reçu tout entier », comme le rappelle saint Thomas d’Aquin : nous sommes bien sûr appelés à le recevoir en nous approchant de l’autel, à le chercher devant le tabernacle dans l’église, mais aussi – et ne l’oublions jamais – dans ce tabernacle qui sont les derniers, les souffrants, les solitaires et les pauvres. Jésus lui-même l’a dit. Ainsi notre démarche de communion ne peut se limiter à un geste physique, consistant en la réception de l’hostie. Au contraire, cette communion invite, nécessite et entraîne à une union plus grande avec le Christ mort et ressuscité. Faire cela en mémoire de Lui ne peut es retreindre au « prenez et mangez » ; car il s’agit d’avoir la vie, sa vie, en nous. Nous savons bien physiologiquement que la nourriture que nous ingurgitons à une incidence sur notre corps ou notre santé – certains en font l’expérience après l confinement ! Il en est de même quand nous communions, à la grande différence près, cependant, qu’il n’y a pas d’automatisme. Dieu se met en nécessité que nous le voulions et le désirions. Mais pour celui qui le reçoit avec foi, Sa vie se mêle à la nôtre et transforme notre existence dans l’union avec Lui.

Adoration 

Cette communion existentielle avec le Christ est donc une expérience d’une présence réelle dans cette assurance du cœur de savoir que le Christ marche à nos côtés, qu’Il partage nos errances, nos doutes et nos peurs, et même assurance de savoir qu’Il donne la nourriture, c’est-à-dire qu’Il se donne en nourriture, pour nous rendre capables et dignes de nous trouver en sa présence. « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » Cette relation, inscrite et célébrée en nos vies par la communion eucharistique, est celle d’une libération toujours à l’œuvre. Nous nous découvrons plus grands notre péché. Savoir que le Christ nous regarde et consentir à le regarder, c’est cela l’adoration.
 

AMEN.
 
                                                                                                                                                                                                                      
Michel Steinmetz

samedi 6 juin 2020

Homélie pour la solennité de Sainte Trinité - dimanche 7 juin 2020

Certains parmi vous se souviennent sans doute encore du sketch fameux de Roland Devos : « Sens interdit ». L’humoriste y racontait comment il avait été entraîné à s’engager dans un sens giratoire et, après « avoir fait un petit tour pour rien », se rendait compte que toutes les sorties lui étaient défendues car comportant toutes un « sens interdit ». Coi et penaud, il continuait ainsi de tourner tout en engageant la discussion avec ses compagnons d’infortune. L’ambulancier, qui lui disait tourner ainsi depuis un mois, l’informait que son patient était depuis passé au corbillard un peu plus loin. Et le policier qu’il interrogeait, devant le tournis de la situation, de lui répondre que, s’il se sentait mal, il y avait de la place dans l’ambulance !
 
 
Frères et sœurs, la sainte Trinité n’est-elle pas le sens giratoire de Devos ? J’en conviens la comparaison est parfaitement osée. Mais nous savons aussi que l’arithmétique trinitaire du « 1+1+1 = 1 » ne nous permettra pas d’entrer dans ce mystère. Il n’est pas en effet une énigme à percer par le génie de l’esprit humain. Le Dieu à la fois un et trine est avant tout une personne que nos mains ont pu toucher et que nos yeux ont contemplé en Jésus de Nazareth, le Fils unique du Père, tout rempli de l’Esprit-Saint. Et voilà aussi pourquoi il n’y a rien de statique et de figé dans la Trinité. Elle est mouvement débordant d’amour. Mouvement centripète qui nous permet d’accéder à la communion des personnes divines.
 
Ainsi notre baptême nous a plongés dans ce sens giratoire. Peu à peu, parce que nous nous sommes rapprochés de Dieu lui-même, nous découvrons notre liberté, c’est-à-dire l’amour véritable que Dieu nous porte. Notre vie ne s’y voit pas enfermée, comme si elle était prisonnière. Elle aperçoit que des sorties sont possibles, ce sont les voies du péché qui nous éloigneraient de Dieu. Or la grâce nous prévient et agit comme des indicateurs gracieux d’un sens interdit, c’est-à-dire d’une voie dangereuse et qui pourrait nous mener à notre perte. En usant par contre de notre liberté, et c’est la différence avec Devos, nous demeurons dans l’intimité de Dieu.
Le Dieu qui est le nôtre n’a rien à voir avec une statue pétrifiée et impassible : il est le Dieu qui agit et dont l’amour est le moteur de l’action. Il crée le monde par amour, il fait Alliance par amour, il appelle à la conversion par amour, il donne son Fils par amour, il le ressuscite dans la force de l’Esprit par amour, il confie à son Eglise les sacrements de la vie par amour… Or on ne peut ni aimer ni s’aimer si on est seul. La solitude n’engendre aucun amour et l’amour du seul soi-même n’est qu’une sorte de narcissisme. Parce qu’il naît d’échange et de don, l’amour est nécessairement communion intime de plusieurs personnes.
 
Prenons deux exemples qui vous feront comprendre cette dynamique divine à laquelle nous sommes conviée. Tout d’abord, quand nous prions, nous avons non seulement l’habitude de dire « au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit », mais encore d’accompagner ces paroles d’un geste, celui qui trace sur nous le signe sauveur de la croix : ainsi c’est tout notre corps qui se drape du mystère divin et nous rappelle sans cesse à en vivre. Toute la liturgie de l’Eglise, ensuite, s’adresse au Père – y compris la prière eucharistique. Mais le seul moyen cependant d’y parvenir est de le faire « par Jésus, le Christ, notre Seigneur » et dans « l’unité du Saint-Esprit ». Là encore, quand nous prions avec les mots de l’Eglise, nous le faisons toujours de manière trinitaire parce que Dieu se révèle pleinement dans cette communication tournoyante centripète des personnes divines.
Dieu ne perd rien de ce qu’Il est en se révélant (entendez : en nous faisant une place en Lui) ; nous gagnons tout en demeurant en Lui (entendez : Il ne nous mène pas à la mort en nous faisant passer de l’ambulance au corbillard de Devos). Car Il est la vie éternelle donnée en partage. Frères et sœurs, résolument, laissons-nous saisir par cette joyeuse danse du salut « au nom du Père, et du Fils et Saint-Esprit ».
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz

samedi 30 mai 2020

Homélie de la solennité de Pentecôte - dimanche 31 mai 2020

Quand on souligne de quelqu’un qu’il a de l’esprit, c’est plutôt flatteur. L’expression commune, qui reprend le sens figuré, signifie qu’avoir de l’esprit ou faire de l’esprit, c’est avoir de l’humour, c’est-à-dire être capable de saisir de façon spirituelle et pertinente des situations. Le sens littéral de l’expression signifierait être capable de montrer que l’on possède une capacité de raisonnement, de faire usage de son esprit de façon rationnelle et raisonnable. En fait, avoir de l’esprit (au sens figuré) implique d’avoir de l’esprit (au sens littéral), c’est-à-dire être capable de faire usage de façon rapide et pertinente de sa capacité de raisonnement. Le problème est alors celui de savoir dans quelle mesure l’esprit peut être à la hauteur de ses prétentions, est capable de dominer toute situation et de trouver une solution à tout problème. En effet, dans l’expression littérale (et même figurée) « avoir de l’esprit » indique le fait que l’esprit permet de prendre du recul et de la distance par rapport à une situation donnée de telle sorte que cette situation est relativisée et pensée de façon plus intelligente et plus large. Or, qu’est-ce qui nous garantit une telle maîtrise de l’esprit ? Il est vrai qu’on ne saurait peut-être pas dire de tout chrétien qu’il a de l’esprit, mais tout baptisé a l’Esprit. Tout baptisé possède ce don inestimable d’avoir en germe en lui ce qui permet à la fois d’appréhender les choses de la vie avec sagesse, conseil et discernement, de raisonner non selon l’esprit du monde mais selon l’Esprit de Dieu, et d’arriver à une intelligence spirituelle, qui n’a rien à voir avec l’acquisition de savoirs. Elle est une intelligence fine et perçante qui vient de cœur parce que ce cœur est éclairé par l’Esprit.
 
Une personne qui a « de l’esprit » est souvent capable de faire « un trait d’esprit ». Allons alors du côté de la géométrie. Qu’est-ce qu’un trait sinon une ligne vectorielle qui, de deux points isolés, crée leur liaison. Ainsi, celui qui est capable d’un trait d’esprit va relier, même si c’est par un humour subtil et parfois moqueur, une personne ou une situation à une autre personne ou situation. N’est-ce pas là précisément ce qu’engendre ce qui ont reçu le don de l’Esprit ? Non d’abord de l’humour – bien que celui-ci soit sans doute un attribut de Dieu, mais plus sûrement une dynamique et un mouvement. Les Apôtres avec Marie s’étaient confinés au cénacle depuis l’Ascension, à la fois par crainte des Juifs et dans l’attente de ce que le Ressuscité leur avait promis. Que se passe-t-il quand l’Esprit descend sur eux en se manifestant par « un grand coup de vent » et « des langues qu’on aurait dit de feu » ? « La voix qui retentissait », c’est-à-dire celle de l’Evangile du salut, et qui s’exprime paradoxalement en diverses idiômes, fait converger la foule. Or cela signifie précisément que les Apôtres sont de sortie. L’Esprit les pousse désormais à la mission. Et ce même Esprit va désormais relier entre eux des hommes et des femmes de toutes origines et conditions.
 
Nous faisons cette expérience aujourd’hui alors qu’il nous est donné de célébrer à nouveau ensemble. Tout à l’heure, je vous inviterai à prier ensemble la prière dominicale, le Notre Père, en disant : « unis dans le même esprit, nous pouvoir dire avec confiance… ». Notre assemblée nous permet bel et bien de vivre une double expérience. Celle d’être rassemblé et de constater à nouveau avec bonheur que notre assemblée est diverse. C’est la foi qui nous est commune qui nous fait nous retrouver alors nos existences respectives n’opéreraient pas ce brassage. Si nous sommes ensuite rassemblés, ce ne sera pour demeurer ensemble après un long temps d’absence, mais justement pour être en sortie, envoyés et poussés par l’Esprit.
 
« Les hommes en qui l’Esprit est venu et a fait sa demeure sont transformés. », ainsi que l’écrit saint Cyrille d’Alexandrie. « […] Vous voyez comment l’Esprit transforme pour ainsi dire en une autre image ceux en qui on le voit demeurer. Il fait passer facilement de la considération des choses terrestres à un regard exclusivement dirigé vers les réalités célestes ; d’une lâcheté honteuse à des projets héroïques. […] C’est absolument indubitable. Elle est donc bien vraie, la parole du Sauveur : C’est votre intérêt que je retourne au ciel. Car, c’est le moment de la descente de l’Esprit. » Viens, Esprit de Dieu !
 
AMEN.
                                                                                                                                                                                                                      
Michel Steinmetz

samedi 23 mai 2020

Homélie du 7ème dimanche de Pâques (A) - 24 mai 2020

« Je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde » (Jn 17, 11). C’est comme par un constat que s’achève la prière de Jésus dans l’Evangile. Lui va partir, et nous, nous resterons. Nous le célébrions jeudi : le Christ est monté au ciel et désormais les disciples devront s’accoutumer dans cette présence dans l’absence. Nous comprenons bien comment les disciples, bousculés par ce départ du Christ - même s’il avait été annoncé - ont pu se trouver désemparés et effrayés. Qu’allaient-ils devenir ? Qu’allaient-ils donc faire ?
Mais nous, nous ne sommes pas exactement dans la situation des disciples. Car nous connaissons la suite de l’histoire. Nous ne sommes pas réunis après avoir célébré l’Ascension en nous demandant ce que nous allons devenir ! Nous savons que l’Esprit du Christ a été répandu en nos cœurs par la foi. Si bien que notre célébration entre l’Ascension et la Pentecôte, n’est pas une sorte de reconstitution artificielle pour essayer de nous faire éprouver les sentiments des disciples, c’est au contraire une invitation à découvrir, ou à mieux comprendre quelles sont la nature et la mission de l’Église.
 
Celle-ci se constitue par l’assemblée des croyants telle que nous la voyons dans les Actes des apôtres et telle qu’elle va se perpétuer au-delà. Elle se constitue par une assemblée d’hommes et de femmes dont la présence est motivée par la foi. Elle se constitue par la certitude que la présence de chacun et de chacune, en répondant à l’appel que Dieu lui a adressé à travers les circonstances de sa vie, l’installe comme un membre d’un corps et comme solidaire de ce corps. Elle se constitue pour que chacun et chacune des membres de l’Église puisse se fortifier de cette présence, développer sa foi en l’Esprit Saint, nourrir la charité. Nous ne sommes pas une entreprise en quête de reconnaissance : nous sommes un peuple habité par l’Esprit du Christ pour endurer au long des âges ce qui manque encore à ces souffrances pour accomplir le dessein de Dieu.
 
Pendant de longues semaines, nous avons fait l’expérience de ce manque de ne pouvoir nous retrouver comme nous le désirions. Certains – et c’est heureux – sont profondément impatients. La semaine prochaine, à nouveau, nous ressentirons cette identité profonde d’être le peuple de Dieu appelé en un même lien. Et précisément, ce que la prudence nous a dicté, la Pentecôte nous le fera vivre avec plus de force encore. Car ce peuple n’est pas rassemblé simplement pour se donner à lui-même sa raison d’être, comme une revendication aux yeux du monde ou une démonstration de force, il est rassemblé pour aller à la rencontre du monde qui l’entoure, des hommes et des femmes qui sont nos contemporains, ici dans ce pays comme à travers le monde.
 
Ce peuple est rassemblé pour poursuivre la mission du Christ au service de la vie humaine. Et son rassemblement n’a de sens que pour être dispersé et envoyé. Sans doute dans les semaines à venir, les chrétiens n’auront pas à reprendre la vie « d’avant » avec l’ordonnancement d’un culte qui aura repris. Ils ne pourront se satisfaire d’avoir retrouvé leur « Jésus ». Ils seront poussés par l’Esprit à aller vers les nouvelles formes de pauvreté que nous allons connaître.  Ne soyons pas dupes, même dans les beaux quartiers. Nous n’avons pas fini de traverser la crise : de sanitaire, elle pourrait bien devenir économique et toucher jusqu’à nos foyers. Pourtant, à travers chacune de nos existences quelque chose est en train de grandir et de se développer, c’est la vie de Dieu lui-même, une vie qui n’a pas de fin, cette vie éternelle dont nous parle l’évangile de saint Jean. Voilà ce que nous avons à annoncer. Voilà ce que nous avons à servir.
 
Cette nature et cette mission de l’Église se concrétisent chaque fois que le peuple de Dieu est rassemblé. Elle s’accomplit chaque fois qu’il se disperse pour aller annoncer la Bonne nouvelle aux hommes. Les deux mouvements sont nécessaires, et l’un ne va pas sans l’autre.  Redécouvrons donc la nature profonde de l’Eglise du Christ que nous formons et annonçons la présence sans fin du Christ à notre monde !
 
AMEN.
 
 
Michel Steinmetz †