A tous les visiteurs de ce blog, bienvenue !


Vous y trouverez quelques informations sur ma recherche et sur mon actualité.
Progressivement seront mis en ligne ici des articles de fond et d'investigation essentiellement en liturgie, mais aussi en d'autres domaines de la vaste et passionnante discipline qu'est la théologie !

N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires !

vendredi 14 septembre 2018

Homélie du 24ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 16 octobre 2018

Homélie prononcée à l'occasion de la messe d'action de grâce célébrée à l'issue du ministère curial
 
 
Au long des dimanches que nous venons de vivre en méditant sur l’évangile de saint Marc, nous avons vu comment se formulait une question sur l’identité de Jésus, à partir de l’enseignement qu’il donnait avec autorité, à partir des signes de puissance, des miracles qu’il a accomplis. Tous disaient : mais qui est-il celui-là ? Qui est cet homme ? Mais à mesure que l’enseignement de Jésus se développait et que ces signes étaient plus diversifiés, plus expressifs, peu à peu l’idée se développait qu’il n’était peut-être pas simplement le fils de Marie, le charpentier de Nazareth, mais qu’il y avait chez lui quelque chose de plus profond, de plus fort, de plus mystérieux. Un peu comme si une couche de vernis – un vernis de banalité humaine, disons-le – se craquelait pour laisser apparaître en-dessous la réalité même et que la divinité de Jésus transparaissait ainsi. A l’image d’une toile de maître recouverte par les enduits des restaurations hasardeuses de peintres sans génie.

 
Par conséquent, la question que Jésus pose aux disciples est une façon de rassembler ce qu’ils entendent quand ils circulent avec lui. Que dit-on de lui ? La question de Jésus : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » (Mc  8,29) constitue déjà une sorte de tournant, dans le sens où les avis, les opinions que les disciples rapportent de ce qu’ils ont entendu au sujet de Jésus, manifestent d’une certaine façon la rumeur publique. C’est son image qui est ainsi décrite, l’image qu’il a parmi le peuple d’Israël. Mais la question que pose Jésus est aussi une question qui va les toucher très personnellement. Il ne s’agit plus simplement de dire : qu’est-ce que l’on dit de moi autour de vous ? Mais, vous, qu’est-ce que vous dites ? Nous, chrétiens, disciples de Jésus, que disons-nous de lui. Qu’exprimons-nous à son sujet ? Est-ce que nous ne disons rien de plus que ce que tout le monde dit autour de nous ? Ou bien entretenons-nous avec lui une relation qui nous permet d’aller plus loin ?
 
En tout cas, la question directement posée aux disciples qui remet en cause leur propre relation avec Jésus. Qu’est-ce qu’ils veulent faire avec lui ? Mais apparaît aussitôt le basculement auquel Jésus va les contraindre, car s’il accepte ce titre de Christ et de Messie, il commence à dire ce que cela représente. La profession de foi de Pierre serait un peu la conclusion heureuse du chemin positif parcouru par Jésus. Ce serait une manière de dire que tout s’est bien passé et qu’on le reconnaît comme un envoyé de Dieu. Aujourd’hui, après neuf ans parmi vous, vous me ferez peut-être le crédit de dire que, finalement, vous avez survécu à un pasteur comme moi et que les choses ne sont pas finalement si mal passées que cela. Et nous pourrions en rester comme une happy end. Mais voilà que Jésus rebondit et ajoute : « Le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, … être tué avant de ressusciter » (Mc  8,31). Ici, le basculement ne se situe plus simplement dans la relation entre les disciples et Jésus, mais sur le contenu même de leur foi. Il en est de même pour vous ce soir. Qu’est-ce que cela signifie de dire que Jésus est le Christ ? Est-ce qu’il sera le Messie glorieux qui rétablira le royaume d’Israël dans son ancienne puissance ? Ou bien, comme Jésus l’annonce ici, et comme le prophète Isaïe l’avait annoncé, il sera le Messie souffrant, humilié et crucifié. Nous voyons tout de suite comment ce basculement rencontre de plein fouet la représentation que se font les disciples : « Pierre le prend à part et lui fait de vifs reproches » (Mc  8,32). Cela veut dire qu’à partir de maintenant, les événements, les enseignements, les signes que Jésus va opérer, ne vont plus contribuer à enrichir son image de maître, mais initier peu à peu les spectateurs et les auditeurs à comprendre quel est le chemin du salut.
 
Si les disciples résistent, nous comprenons bien que c’est parce que leur rêve d’un messie triomphant disparaît, mais plus profondément peut-être encore, parce que ce chemin que Jésus dévoile devant eux n’est pas simplement l’histoire de Jésus de Nazareth. C’est le chemin dans lequel il les invite à le suivre : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mc  8,34). Par conséquent, la résistance des disciples ne s’exprime pas seulement en disant : nous ne voulons pas que le Christ soit un messie crucifié, mais se traduit ainsi : nous ne voulons pas que les disciples soient des disciples crucifiés. Nous voulons bien être disciples si cela améliore un peu notre vie, mais non pour finir dans un tribunal et être condamnés à mort. Renversement dans l’image que les disciples se font du Messie et renversement dans la perception de la mission qui sera la leur.
 
Comme le dit l’épître de Jacques avec toute la rigueur de son expression, « la foi s’exprime par les œuvres » (Jc  2,18), l’attachement au Christ s’exprime par le don de sa vie. Ainsi, frères et sœurs, nous sommes remis ensemble devant la décision radicale qui oriente la vie de tout disciple de Jésus : acceptons-nous, est-ce que j’accepte, que le Dieu auquel je crois, manifesté en Jésus de Nazareth, soit un Dieu crucifié ? Est-ce que j’accepte d’être appelé à renoncer à moi-même, à prendre ma croix et à le suivre ? Est-ce que j’accepte de me donner, de renoncer à faire mon nain grincheux, mon Hans èm Schnogueloch, mon mollasson, pour qu’il vive en moi et par moi, pour que son Eglise continue de vivre ici, dans nos villages ?
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz   

vendredi 6 juillet 2018

Homélie du 14ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 8 juillet 2018



« Vers toi j’ai les yeux levés,
 vers toi qui es au ciel,
 comme les yeux de l’esclave
 vers la main de son maître. »
 
C’est précisément ce que nous venons faire ce matin, ici, au Horn. Depuis le départ de notre procession tout à l’heure, jusqu’ici, sous la statue du Sacré-Cœur, nos yeux sont tournés vers Lui, le Seigneur étincelant de sa gloire et nous ouvrant généreusement ses bras. Nous comprenons désormais mieux ce que le psaume nous faisait chanter et que saint Augustin exprime admirablement quand il dit : « notre cœur est sans repos, tant qu’il ne repose en toi. » Ce mouvement de notre regard nous distingue d’ « une nation rebelle qui [se serait] révoltée contre [Dieu] » pour reprendre l’expression du prophète dans la première lecture. Peut-être venons-nous à Lui de manière confuse, sans vraiment savoir ce que nous pourrions Lui demander ou attendre de Lui. Finalement peu importe. L’essentiel est d’être là et de tourner nos yeux vers Lui.
 
Ce jour-là, pour le culte du shabbat, le chef de la synagogue invite Jésus à prêcher. Il fait son retour au pays, après l’avoir quitté pour rejoindre Jean le Baptiste. Il revient, entouré de disciples ; sa renommée ne cesse de grandir. Ce matin de l’office, tout le village, intrigué, curieux, se presse dans le petit édifice. Nous aussi, nous sommes curieux et nous voudrions en savoir un peu plus. Alors Jésus enseigne comme il le fait depuis le début à Capharnaüm (2, 13). Que dit-il ? De quoi parle-t-il ? Marc se garde de rapporter le contenu des enseignements de Jésus. L’essentiel, c’est le mode de sa parole : « il parle avec autorité » c’est-à-dire de lui-même, sans s’appuyer sur des maîtres, sans enfiler des citations savantes (1, 22). Si bien que la question n’est pas « Que dit-il ? » mais « Qui est cet homme qui ose s’exprimer de la sorte ? ». Marc souligne très fortement l’ébahissement de l’auditoire : « frappé…scandalisé ». Complètement « soufflé » dirait-on. « D’où ça lui vient-il ? ». Quelle est l’origine de sa prédication, comment peut-il accomplir ces miracles, dont on parle partout ? C’est un artisan, un manuel, toujours resté au village, pieux certes, mais n’ayant jamais suivi la formation savante des scribes. On connaît bien sa famille. Jésus formule un constat général : Un prophète est méprisé, non reconnu, dans son pays et chez les siens.
 
Manque d’accueil, de reconnaissance, de foi ! Jésus est impuissant à accomplir des miracles. En effet son « autorité » n’est pas mécanique, elle ne viole pas les consciences. De même qu’une maison doit ouvrir ses volets pour que la lumière y pénètre, ainsi l’homme doit être humble, prêt à demander, accessible, afin que la force du Royaume puisse se déployer en lui. Sinon Jésus serait un magicien qui joue des tours, qui s’amuse de la crédulité du public.
 
Pas question de se mettre en colère, d’accabler ces gens de reproches cinglants ni de les condamner à l’enfer. Inutile de s’acharner, de vouloir à tout prix obtenir des résultats. Jésus ne se décourage ni ne s’arrête jamais : il reprend sa route et s’en va porter la Parole ailleurs. Avant de nous disperser pour le temps de l’été, il nous faut nous interroger : sommes-nous de ces habitants de Nazareth ? Accueillons-nous encore la parole d’autorité de Jésus ou l’empêchons-nous de faire des miracles ? Ne sommes-nous pas tous devenus comme les villageois de Nazareth, des chrétiens blasés qui disent « je sais », qui croient connaître Jésus, qui répètent des formules figées une fois pour toutes et ronronnent les mêmes cantiques ? N’avons-nous pas « momifié » Jésus, au point peut-être de nous contenter de Le regarder de loin, ici sur la colline plutôt que de Lui faire une place dans notre cœur ? Son « enseignement » doit à nouveau résonner chez nous « avec autorité » : comme une Parole forte, une Parole qui appelle à croire.
 
AMEN.
 
 
                                                 
Michel Steinmetz

vendredi 29 juin 2018

Homélie du 13ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 1er juillet 2018

« Dieu n’a pas fait la mort » : cette phrase toute simple, il nous est bon de la réentendre avec force et espérance. « Dieu n’a pas fait la mort ». Dieu ne prend aucun plaisir à vous finir ce qu’il a lui-même créé pour être comme lui : éternel. Dieu ne prend aucun plaisir à voir les hommes s’entretuer, voire pire encore à donner la mort en osant le faire en son nom. Tout cela nous permet de constater simplement ceci : c’est, quand on aime Dieu au point de haïr son frère, on peut être sûr que ce n’est pas Dieu qu’on aime. Quand on aime Dieu au point de haïr son frère, c’est que l’on cherche le pouvoir, qu’on veut le dominer, l’écraser, le détruire. C’est l’instinct de domination qui nous emporte, et pas le désir de l’aimer comme enfant de Dieu.
 
Et c’est cette conception révolutionnaire de Dieu que l’auteur du livre de la Sagesse a voulu offrir à ses contemporains. C’est un des derniers livres de l’Ancien Testament. La preuve, c’est qu’il écrit non pas en hébreu, mais en grec. Son auteur est probablement un riche juif d’Alexandrie. Dans cette grande ville portuaire du nord de l’Egypte, par où passe tout le grain récolté le long du Nil, une haute bourgeoise commerçante s’est développée. On y parle grec, on y lit les philosophes, on y discute de la vie et de la mort. Et voilà que ce juif vient dire que la mort n’est pas une création divine. Cela a dû étonner ses contemporains car, pour les Grecs comme pour les Romains, la vie est un accident. C’est par hasard que la vie a surgi sur terre. C’est par malheur que les hommes ont un corps et une existence terrestre car, au départ, il y avait des étincelles divines, des étincelles intellectuelles, et ces étincelles sont tombées dans le corps humain, dans la matière condamnée à pourrir et à périr.
 
Bien plus, l’auteur du livre de la Sagesse s’adresse à des commerçants qui pratiquent une concurrence féroce. Pour eux, comme pour beaucoup d’entre nous, il faut grandir ou mourir, il faut se développer encore et toujours, ou bien sombrer dans la faillite. Le monde antique ne connaît pas la pitié. Il ne connaît que le succès. Il faut manger pour ne pas être dévoré, il faut détruire pour survivre. Et c’est là que se pose toute la question de ce que nous avons reçu. La vie que nous avons reçue, nous pouvons plus facilement la détruire que la préserver. La santé que nous avons reçue, nous pouvons plus facilement la détruire que la préserver. L’amour que nous avons reçu, nous pouvons plus facilement le détruire que le faire grandir. Et c’est là toute l’horreur de l’histoire de l’humanité. Les êtres humains ont broyé dans leurs mains les cadeaux que Dieu leur a donnés. Comme un enfant gâté et jamais content, l’humanité a souvent préféré inventer des engins de mort que des paroles de vie. et c’est là tout le problème qui se pose à chacun d’entre nous : est-ce que nous semons des paroles de vie ou des paroles de mort ? Est-ce que nous apportons des paroles de résurrection ou des paroles de destruction ?
 
Et c’est là qu’apparaît alors dans toute sa splendeur l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous. Non seulement il nous a apporté la vie, mais il nous a aussi donné l’amour. Il n’a pas voulu nous laisser seuls dans un monde dur et agressif. Il nous a apporté son Fils qui nous donne, qui nous redonne la vie. Car cette pauvre femme qui perd son sang depuis tant d’années, n’est-elle pas l’image de toutes nos illusions qui s’enfuient peu à peu au fil des ans et des déceptions ? Et cette fillette qui meurt si jeune, n’est-elle pas l’image de notre innocence pervertie par la cruauté de la vie professionnelle ? Et c’est la surprise : Jésus sent qu’on l’a touché. Il est là, dans ces ruelles étroites d’une petite ville, où tout le monde se bouscule et essaie d’avancer. Et Il sent que quelqu’un l’a touché. Dieu est sensible aux belles prières, aux prières pures qui s’approchent de lui avec une confiance tout enfantine. Et Jésus se retourne et Jésus sauve.
 
Nous aussi, nous pouvons nous approcher de Lui et Lui confier nos demandes, sans craindre et sans trembler. Jésus attend de nous que nous ayons foi en Lui, c’est-à-dire que sans hésitation mais du plus profonde notre cœur, nous croyons qu’Il peut quelque chose pour nous. Alors Il se retournera vers nous et nous sauvera.
 

AMEN.
                                                 

Michel Steinmetz

vendredi 22 juin 2018

Homélie de la solennité de la Nativité de saint Jean-Baptiste - 24 Juin 2018

Avec la Vierge Marie, Jean-Baptiste est le seul saint dont on fête la naissance. Cela vient du fait que leur vie ne s’explique pas en dehors de leur référence à Jésus. Ils sont nés pour Jésus, Marie pour être sa mère, Jean pour lui préparer la route. C’est avec eux que se réalise l’accomplissement des promesses de Dieu en faveur de son peuple.


Se demandant pourquoi le Christ était né au solstice d’hiver et Jean à l’équinoxe d’été, saint Augustin remarque que celui qui a dit : « Il faut qu’il grandisse et moi que je diminue « (Jn 3, 29-30) naît au moment où les jours commencent à diminuer, alors que le Christ surgit dans le monde comme « l’astre d’en haut qui vient nous visiter pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort « (Lc 1, 78-79). « Quel est ce mystère, conclut l’évêque d’Hippone, si ce n’est celui de notre humiliation, comme la naissance du Christ est pleine du mystère de notre élévation ? ». Entendez, la naissance de Jean-Baptiste nous invite à nous faire petit et humble devant le Seigneur, et à reconnaître en Lui le centre de notre vie.
 
 
Pour mieux comprendre le message de l’évangile que nous entendions à l’instant, il faut aussi connaître la signification des noms. Celui de Zacharie signifie : « Dieu se souvient ». C’est important de nous en imprégner. Parfois, nous avons l’impression que Dieu nous a oubliés. Quand on voit toute cette violence dans le monde, beaucoup se demandent où est Dieu et ce qu’il fait. Nous recevons alors les paroles du prophète Isaïe comme un baume précieux sur notre cœur fatigué : «  J’ai de la valeur aux yeux du Seigneur ». Chacun et chacune est connu et aimé de Dieu. Chacun et chacune est choisi de lui, quand bien même nous pouvons parfois avoir l’impression d’œuvrer en pure perte. « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant ». Nous découvrons que le Seigneur, lui, se plaît à agir par des voies déroutantes. Jean-Baptiste d’époumonait dans le désert à crier que le Règne de Dieu est proche ; quelques fidèles se rassemblaient auprès de lui. Sans plus. Le monde ne changeait pas pour autant. Dieu cependant l’avait choisi et avait décidé par cet enfant, son propre Fils, le Sauveur des hommes, serait annoncé.    
 
 
Le nom de Jean signifie « Dieu fait grâce ». C’est ce qui s’est réalisé : Dieu a fait grâce à Elisabeth et Zacharie. Il leur a donné la joie d’avoir un fils. Dieu fait grâce à son peuple et à toute l’humanité. Il voit les souffrances de son peuple. Beaucoup sont enfermés dans la violence, la haine, l’égoïsme, la rancune. Tout cela ne fait qu’enfoncer l’homme dans son malheur. Mais comme il l’a fait au temps de Moïse, Dieu intervient pour lui ouvrir un chemin de libération. Désormais, il va le faire pour tous les hommes de tous les temps. Alors que personne ne pouvait même prévoir que Dieu agisse, Lui pourtant travaille en profondeur. Cet enfant, « encore dans le sein maternel quand le Seigneur [l’] appelé », va aplanir la route : sa bouche sera comme une épée tranchante, il sera lui-même comme une flèche acérée.
          
 
La mission de Jean sera précisément d’annoncer et de préparer la venue du Sauveur. Dieu fait grâce, oui, mais sa grâce invite à la conversion, au retournement. On ne peut accueillir le Christ Sauveur qu’en accueillant le message de Jean Baptiste : « Convertissez-vous », disait-il. C’est ainsi que Jean Baptiste a préparé la venue du Christ sauveur. Il l’a montré aux foules de son temps et il les a renvoyés vers lui. Tout au long de son ministère, Jean insistait sur le partage, la justice et le respect de l’autre. C’était une première étape car il fallait faire une place nette à celui qui vient. Jean a accepté de ne pas être la lumière, de ne pas jouer la star – l’étoile ! –, mais il a trouvé sa joie en Celui qui est plus grand que Lui. Frères et sœurs, et nous ? Trouvons notre joie à ne pas nous prendre pour le nombril du monde. Car Il est grand, notre Sauveur.
          
 
AMEN.
 
 
 
Michel Steinmetz

vendredi 15 juin 2018

Homélie du 11ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 17 juin 2018

L’évangile de Marc débute par une annonce ; « le règne de Dieu est proche, convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1,15). Mais comment comprendre « le règne de Dieu ». A quoi peut-il ressembler ? Quelle différence y aurait-il avec un royaume terrestre ? Pour les contemporains de Jésus : est-ce que l’avènement du règne de Dieu allait être la restauration du royaume de David, l’expulsion des occupants romains, bref une nouvelle figure de la société politique dans laquelle ils vivaient ? Il n’était pas facile de faire comprendre en quoi ce règne de Dieu était différent et original. Voilà pourquoi Jésus, pour aider ses auditeurs à comprendre un peu mieux de quoi il parlait, emploie ce style si particulier des paraboles. C’est pour Jésus une manière efficace d’instruire les siens et de les introduire dans le mystère de Dieu qui dépasse toujours ce qu’on peut en imaginer. Ainsi les paraboles ne sont-elles pas des équations mathématiques ou des illustrations contractuelles : elles sont des histoires simples, des comparaisons limpides.
 
Les deux petites paraboles que nous avons entendues sur le règne de Dieu insistent sur un aspect très important : ce ne sont pas les hommes qui construisent le règne de Dieu, pas même les disciples, mais c’est Dieu lui-même qui lui donne vie et croissance. De même que l’homme qui sème une graine en terre ne peut la faire pousser par son désir ou ses propres forces, ni par ses efforts donner une fécondité particulière telle que celle que connaît la graine de moutarde, de même, le règne de Dieu n’est pas au bout de nos efforts. Il n’est pas l’application de nos principes et de nos règles pour transformer la société selon nos désirs. Il est une force considérable si l’on considère ce qui va être produit à partir de la graine de moutarde, mais il est une force mystérieuse si l’on considère comment la graine plantée en terre pousse et donne du grain. Force mystérieuse et puissante, qui traverse les événements et le cours de l’histoire des hommes, sans la transformer de manière visible immédiatement. Ce n’est pas parce que le règne de Dieu s’est fait proche, que les Romains sont partis et que le royaume de David a été rétabli. Ce n’est pas parce que le règne de Dieu est proche de nous, en ce temps que nous vivons, que tous les hommes et les femmes de notre temps vont se mettre à vivre selon les commandements de Dieu. Ce n’est pas parce que le règne de Dieu s’est fait proche que nos sociétés vont s’identifier au règne de Dieu.
 
Et nous savons que c’est une tentation permanente pour les chrétiens, soit de vouloir modeler la société en fonction des commandements de Dieu par la force, le combat, la lutte, et non par la conversion des cœurs, soit, ce qui est encore plus dangereux, de croire que Dieu est impuissant devant les événements auxquels les hommes sont soumis. Nous voudrions que Dieu agisse à notre manière, nous voudrions enrôler la force de Dieu pour mettre en œuvre nos objectifs, mais ce n’est pas de cette façon-là que le Christ annonce le règne de Dieu. Dieu travaille au cœur des événements comme il travaille la liberté et le cœur de tous les hommes, mais d’une façon qui nous échappe et que nous ne maîtrisons pas. Cela s’appelle vivre dans la foi, c’est-à-dire cheminer, non pas dans la claire vision mais dans la confiance en Dieu qui agit. Comme saint Paul le dit aux apôtres aux Corinthiens : « gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur » (2 Co 5,6). Nous savons bien que ce monde n’est pas le règne de Dieu, nous savons bien que par bien des côtés, il est contraire à la volonté de Dieu, aux commandements de Dieu. Mais ce n’est pas parce que nous ne voyons pas comment il va changer, que nous devons douter que Dieu soit à l’œuvre. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas une claire vision que nous devons perdre confiance dans le Seigneur.
 
Ainsi, nous autres, chrétiens du XXIe siècle, dans cette société sécularisée, nous devons chercher de tout notre cœur comment contribuer à l’action de Dieu en ce monde, nous devons espérer de toutes nos forces que la parole de Dieu continue de parler au cœur de tout homme. Notre mission, c’est d’annoncer cette parole de Dieu. Il nous garantit que c’est lui qui donnera la croissance et la fécondité pour que son règne soit un abri pour tous les êtres vivants.
 

AMEN.
                                                 

Michel Steinmetz

vendredi 8 juin 2018

Homélie du 10ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 10 juin 2018

On peut entendre cet évangile d’une double manière. Ou bien l’on estimera qu’il y a quelque chose d’intolérable dans l’attitude de Jésus à l’encontre des siens, ou bien on se réjouira de cet élargissement de parenté. A la première lecture en effet, on pense découvrir une opposition entre la parenté de Jésus, sa famille de Nazareth (selon la chair et le sang) et ‘le nouveau cercle de famille’ celui des Douze et des disciples.
 
Regardons attentivement ce texte : Tout d’abord, nous voyons les gens de la parenté de Jésus qui sont venus pour se saisir de lui en disant : « il a perdu la tête ». Non pas qu’ils le pensent, mais qu’ils craignent sans doute bien plus pour lui, à la vue dont les choses semblent tourner. Ils veulent le sortir d’affaire. C’est l’attitude d’une famille qui se sent solidaire.  Car la foule était si nombreuse et si pressante qu’il leur était impossible de rentrer et ceux-ci restent dehors et font demander Jésus. « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? […] Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
 
A l’époque de Jésus, les liens de parenté sont sacrés. Il n’est donc pas étonnant que la parenté soit comprise au sens large du terme. Alors que nous distinguons entre fratrie, cousins issus de germain, cousins par alliance, etc… et que le monde moderne des familles recomposées embrouille plus encore les choses, il n’y a à l’époque que des frères et des sœurs. C’est-à-dire des personnes qui peuvent se revendiquer du même sang, du même héritage.
 
Jésus emploie le vocabulaire propre à désigner les relations familiales (mère, sœur, frère) non pour rabaisser les siens, sa parenté de sang – ce serait une vision des choses. Bien plutôt il étend cette parenté en l’étendant désormais à ceux qui « font la volonté de Dieu ». Faire la volonté de Dieu devient désormais la clé pour ouvrir, ou plutôt rouvrir, l’accès à Dieu. Nous ne pouvons finalement ni entendre cet évangile ni le comprendre sans le passage du livre de la Genèse  que la liturgie nous donnait en première lecture. Alors que Dieu avait créé l’homme et la femme pour demeurer dans son intimité, symbolisée par le jardin d’Eden, cet enclos protégé, Adam et Eve, poussés par leur désir de franchir l’interdit, se voient chassés. Ils n’ont pas compris que de faire la volonté de Dieu était pour eux le gage du bonheur et de la félicité. Ils ont préféré passer outre. Prenant de la distance par rapport à Dieu, ils devaient en payer les conséquences, et nous avec eux.
 
Voilà cependant que Jésus permet d’inverser le cours des choses qu’on croyait inéluctable. Dieu serait à jamais le Tout-Autre, désespérément loin. En Jésus, il se fait proche. C’est le sens de la réponse de Jésus aux scribes venus l’interroger. Comment se pourrait-il que Satan s’expulse lui-même ? En somme, il suffit de regarder pour comprendre. Ils ont devant les yeux les signes de sa puissance. Il guérit les malades, il expulse des forces obscures, il réconforte ceux qui souffrent jusqu’à faire revenir des morts à la vie. Serait-ce là les signes du Mauvais ? Le bon sens suffit à répondre. Evidemment que non.
 
Jésus introduit dans la parenté de Dieu ceux qui font sa volonté. Comme Lui la fait. Il n’agit pas en son nom propre. Il n’est pas à son propre compte. Il révèle le visage du Père et le rend proche d’une humanité qui avait pensé pouvoir se passer de Lui. Il va même plus loin encore : « nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus, et il nous placera près de lui avec vous » (2 Co). Frères et sœurs, rien d’iconoclaste ou d’inconvenant dans les paroles de Jésus, mais plutôt une bonne nouvelle pour nous. Vous voulez faire partie de la famille de Jésus ? Vous n’aurez aucun test sanguin à fournir pour prouver les liens du sang. Il vous suffira de paraître devant lui avec le cœur rempli du désir de faire ce qu’Il attend de vous.
 

AMEN.
 
 
                                                 
Michel Steinmetz

Homélie pour la bénédiction de l'orgue d'Altbronn - 3 juin 2018

Un orgue eucharistique
 
Le seul instrument qui trouve pleinement grâce aux yeux des Pères de l’Eglise dans les quatre premiers siècles de l’Eglise est la voix humaine. Peu à peu, sous le registre de la comparaison tout d’abord, l’idée progressera qu’un instrument de musique peut devenir un lieu parmi d’autres de rencontre entre l’initiative de Dieu et la liberté de l’homme. Mais l’instrument sera toujours une image du corps humain Clément d’Alexandrie ose ainsi :
 
 
« C’est à ce genre de fête que l’Esprit oppose la liturgie digne de Dieu, quand il dit dans le psaume : […] ‘avec les instruments à cordes et avec l’orgue, louez-le’ : par orgue, il veut dire notre corps et par cordes les nerfs de ce corps, grâce auxquels il a reçu une tension harmonieuse et exprime des sons humains quand il est touché par l’esprit […]C’est ainsi qu’il a fait parvenir cet appel à l’humanité : ‘Que chaque souffle loue le Seigneur’, parce qu’il a étendu sa protection sur chaque souffle qu’il a créé.» [1]
 
L'apôtre Paul évoque l’unité dans la diversité en prenant la comparaison du corps humain dans la première Lettre aux Corinthiens (12, 12-14.27) :
 
 
Frères, prenons une comparaison : notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. Tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l'unique Esprit pour former un seul corps. Tous nous avons été désaltérés par l'unique Esprit. Le corps humain se compose de plusieurs membres, et non pas d'un seul. (...) Or, vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps.
 
Quand Tertullien évoque cette diversité unifiée, il se réfère curieusement à l’image de l’orgue hydraulique, un lointain ancêtre de l’instrument qui nous connaissons aujourd’hui.  
 
« Un seul corps est constitué de divers membres, de sorte qu’il y ait unité et non division. Observez la merveilleuse création d’Archimède – je veux parler de l’orgue hydraulique – avec ses nombreuses parties, sections, connexions, passages – une telle variété de sons, une telle diversité de modes, cet alignement de tuyaux – et cependant tout cela constitue une grande entité. Ainsi en est-il de l’air qui, chassé d’en-bas par l’agitation de l’eau, n’est pas pour autant divisé en parties parce que réparti entre différents lieux ; mais il est un en substance, bien que divers en fonctions. »[2] 

 
Le parallèle s’établit donc, via l’orgue, entre le corps humain et le corps ecclésial dans une nouvelle fonction d’interface de l’instrument au cœur de l’espace de célébration. Le bâtiment-église est le signe de l’Eglise faite des pierres vivantes des baptisés ; au cœur de l’architecture, l’orgue introduit à un rapport nouveau, démultiplié, entre les deux corps. Sa voix devient celle de tout un peuple, tour à tour soutenant l’assemblée, dialoguant avec lui, suscitant sa supplication ou sa louange, conduisant à la médiation. Les poumons de l’orgue se gonflent, ses nerfs se tendent pour que résonne sa voix. Cette voix sera celle, par mandat, des fidèles qui louent et implorent. Cette voix se joindra à celle des croyants pour inciter leur chant, le soutenir, le raffermir.
 
 
En participant à l’action liturgique, et en y exerçant un ministère, par celui de l’organiste, l’orgue donne dans la diversité de ses timbres une image sonore et polyphonique de la diversité du corps ecclésial. La diversité se trouve réunie en une unité symphonique. Frères et sœurs, telle est bien la réalité qui fait notre rassemblement. De nos différences légitimes, de la variété de nos origines, de nos difficultés à croire, Dieu se plaît à nous intégrer à son unité. Non comme des clones, mais comme les membres son corps. Cette unité grandit à la fois entre nous et avec Lui à chaque fois que nous nous laissons nourrir de sa chair donnée et de son sang versé. Son sang coule en nos veines et sa chair se mêle à la nôtre. Nos pauvres individualités s’enrichissent pour devenir réellement le Corps du Christ. A la fois complexe et pourtant si simple, c’est là notre dignité dès lors que nous consentons à faire ce qu’il nous a dit de faire.
 
 
Amen.
 
 
Michel Steinmetz
 
 

[1] ClÉment d’Alexandrie, Pédagogue II, 4, 41,4-42,1 ; PG 8, 441 ; GCS 1, 182-183 ; SChr 108, p. 91-92.
[2] Tertullien, De l’âme XIV, 4 ; PL 2, 669 ; CCL 2, 800.