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Progressivement seront mis en ligne ici des articles de fond et d'investigation essentiellement en liturgie, mais aussi en d'autres domaines de la vaste et passionnante discipline qu'est la théologie !

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samedi 17 novembre 2018

Homélie du 33ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 18 novembre 2018

Quand Jésus parle de la venue du Fils de l’Homme, il rejoint des prophéties anciennes dont nous avons entendu quelques extraits dans le livre de Daniel. Il rejoint surtout l’attente profonde et l’espérance d’Israël qui aspire à la délivrance qu’apportera cette venue du Fils de l’Homme. Jésus évoque des bouleversements dans l’histoire des hommes et dans l’équilibre de l’univers : les étoiles tomberont du ciel, le soleil s’obscurcira… Tous ces phénomènes étaient associés habituellement à la fin du monde et au temps du jugement. Mais le Christ n’évoque pas son retour glorieux pour satisfaire la curiosité récurrente qui cherche à connaître le moment de la fin des temps. Il nous prévient que nul ne connaît le jour et l’heure de son retour « pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils mais seulement le Père » (Mc 13, 32). Pour être tout à fait honnête, il faut reconnaître que derrière cette question de l’avenir du monde que nous portons plus ou moins confusément mais qui ne nous empêche pas de dormir, il y a celle de notre avenir personnel qui lui nous intéresse vivement ! Quel sera mon avenir ? Comment s’achèvera ma vie ? Le monde dans lequel je suis, celui je connais et auquel je suis accoutumé a-t-il un avenir ou bien sera-t-il détruit, dispersé et réduit à néant à un moment que nous ne prévoyons pas ?
 
La révélation biblique et évangélique n’essaye pas d’apporter une réponse à cette question, mais elle nous permet de nous préparer à cet événement, non pas en le rejetant dans un avenir indéterminé mais en le plaçant dans l’aujourd’hui de nos existences. Quand Jésus dit : « En vérité je vous le dis cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive » (Mc 13, 30), il ne cherche pas à nous dire que la fin des temps est pour aujourd’hui ou pour demain, mais il veut nous aider à entrer dans une manière d’appréhender le temps qui ne nous est pas familière. En effet, nous comprenons le temps et l’histoire comme une succession d’époques qui viennent après d’autres époques. Mais Dieu n’est pas dans le temps. Il vit les choses dans un éternel présent qui saisit l’ensemble du temps depuis la création du monde jusqu’au retour du Fils. On peut dire que nous nous représentons l’histoire comme une ligne tandis que Dieu la voit comme un point. Dès lors, dans notre approche du temps nous pensons toujours passé, présent et avenir, tandis que Dieu réalise tout dans un même présent. Si bien que le retour du Christ à la fin des temps qui marquera la clôture de l’histoire humaine - la fin de la ligne, comme la création en avait marqué le début-, est dans l’aujourd’hui de Dieu. Le Christ peut dire en réalité : « cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive » (Mc 13, 30), non pas parce que nous aurions atteint l’extrémité finale de la ligne du temps mais parce que par l’irruption du Christ dans l’histoire des hommes, nous entrons d’une certaine façon dans cet éternel présent. La venue du Fils dans le monde n’est pas circonscrite à des moments particuliers. Elle s’accomplit dans la totalité de l’histoire. Aujourd’hui déjà, maintenant, Jésus est présent, vivant et agissant pour nous.
 
L’Ecriture nous parle de signes extraordinaires qui annonceront le retour du Christ : une terrible détresse, le soleil qui s’obscurcit, la lune qui perd son éclat, etc. Nous n’avons pas besoin de chercher beaucoup pour trouver dans l’histoire humaine des bouleversements comparables, qu’il s’agisse de phénomènes naturels ou d’évènements historiques liés aux peuples et aux hommes. Oui, les signes du retour du Christ nous sont donnés, mais encore faut-il les voir et ne pas les ignorer, pour les comprendre, les interpréter, et en tirer profit. Puisque les événements que nous vivons marquent déjà les signes du retour du Christ, notre génération est invitée à comprendre que nous devrons rendre compte non pas de ce qui se passera à la fin des temps, mais de ce qui se passe aujourd’hui. Comment vivons-nous ? Comment agissons-nous dans le moment présent ? Quel sens donnons-nous aux événements ? Comment les lisons-nous à la lumière de la foi et de l’Ecriture ? Accueillons-nous ces événements comme les signes avant-coureurs de la rencontre ultime avec notre Créateur ou bien les vivons-nous simplement comme des péripéties accidentelles de l’histoire ? Sont-ils pour nous un appel à la conversion ou simplement un motif pour se cacher et pour attendre ?
 
 
AMEN.
                                                                                                                                                                                                                      
Michel Steinmetz

samedi 10 novembre 2018

Homélie du 32ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 11 novembre 2018

Á mesure que nous approchons de la fin de l’année liturgique, l’évangile de saint Marc s’approche naturellement aussi de la fin du ministère public de Jésus. Dimanche dernier l’évangile évoquait la figure de ce scribe qui avait demandé à Jésus quel était le plus grand commandement. Nous comprenons à travers cette question comme à travers l’offrande de la veuve aujourd’hui, que l’évangile veut, d’une certaine façon, mettre en évidence ce qui constitue le cœur de la démarche du croyant.
 
L’essentiel est quelquefois plus facile à dire qu’à identifier et à mettre en œuvre ! L’épisode de l’offrande de la veuve au Temple est éclairé par la rencontre de la veuve de Sarepta qui faisait l’objet de la première lecture. Elie lui demande de sacrifier tout ce qu’elle a pour vivre. Il lui reste juste de quoi faire un pain en attendant de mourir. Elie le lui demande en promettant que Dieu l’assistera autant que nécessaire. Dans le passage d’évangile, la veuve dans le Temple vient apporter au trésor sa très modeste offrande. Il est probable qu’elle accomplit ce geste en présence d’un certain nombre de témoins et de scribes qui paradent devant les autres, en la jugeant de façon sévère, puisqu’elle n’apporte pas le dixième ou le centième de ce qu’eux-mêmes ont donné, alors que leurs richesses se constituent en dévorant le bien des veuves. Ou pour dire les choses autrement : l’accueil de la différence leur est insupportable car ils ne supportent que ce qui est à l’image de ce qu’ils ont érigé en normalité.
 
Cette présentation de l’offrande de la veuve dans le tronc du trésor concentre notre regard sur cette question : que sommes-nous appelés à donner ? Non pas d’abord de manière financière, mais personnelle. Donner de nous-même, de notre vie. Nous devons bien constater que très souvent notre réponse à l’appel de Dieu se situe dans ce que l’évangile appelle le superflu, ce qui relève, pourrions-nous dire aujourd’hui, de la culture du loisir. Dans notre vie, quand nous nous sommes occupés des choses « importantes » comme le travail, l’économie, la gestion de nos biens, la réussite de notre famille, l’aide que nous pouvons apporter aux uns ou aux autres, etc., quelle place reste-t-il à Dieu ?
 
Il y a un moyen très simple de repérer ce qui se passe dans notre vie : c’est de regarder la manière dont nous utilisons notre temps. Quel temps réservons-nous pour le Seigneur ? Vous qui êtes ici vous pouvez déjà dire que vous avez réservé pour Lui le temps de la messe du dimanche ! Mais il y a beaucoup de chrétiens qui n’ont pas cette possibilité ou bien parce que malheureusement ils ont du mal à avoir l’eucharistie, en raison de la pénurie des prêtres – Dieu merci, ce n’est pas notre cas ! –  ou bien parce qu’ils ont d’autres choses à faire beaucoup plus importantes, et donc cette activité considérée comme accessoire, ou « de loisir » passe après ! Comment peut-on dire que le Seigneur est le centre de notre vie alors qu’il est logé à la périphérie ? Quelle est notre capacité à préserver un temps honnête et juste pour entretenir notre relation avec Dieu ?
 
Si l’Église nous invite à prier chaque jour, matin et soir, c’est pour nous aider à exprimer d’une façon consciente le sens que nous voulons donner à tout ce que nous vivons. C’est à travers cet engagement du cœur que l’on donne tout à Dieu, que l’on donne le sens de notre communion à la volonté de Dieu dans nos activités quotidiennes. Ainsi, notre vie de chrétien, à travers les activités normales d’une existence humaine, va prendre le sens d’une offrande réelle, d’un sacrifice véritable offert à Dieu et en conséquence, nous les vivrons autrement.
 
La véritable foi, c’est de croire que c’est par Dieu que nous vivons, c’est pour Dieu que nous vivons, c’est grâce à Dieu que nous vivons, quoique nous fassions comme nous le dit saint Paul : « Tout ce que vous faites : manger, boire, ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu » (1 Co 10, 31). Amen.
 
AMEN.
 
 
Michel Steinmetz  

samedi 3 novembre 2018

Homélie du 31ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 4 novembre 2018

Le Seigneur Jésus-Christ est entré à Jérusalem pour la dernière étape de son ministère public. Il enseigne dans le Temple et des scribes et des pharisiens viennent lui poser des questions. Certains souhaitent le mettre à l’épreuve, d’autres cherchent à approfondir ce qu’ils savent de son enseignement. L’Évangile de Marc ne nous dit pas dans laquelle de ces catégories se situe le scribe qui l’interroge, mais la manière dont il répond à Jésus et la conclusion du dialogue indiquent que sa remarque est judicieuse et qu’il n’est « pas loin du Royaume. »
 
Le scribe cherche ce qui est l’essentiel de la foi : le premier commandement. Certains courants du judaïsme contemporains de Jésus, pour être sûrs de leur justice, multipliaient les commandements à l’infini et finissaient par transformer la Loi donnée par Dieu comme signe de libération en un carcan insupportable, même pour leur propre conduite. Nous avons facilement tendance à condamner cet excès de légalisme. Même si nous oublions trop souvent que ce risque nous guette, nous aussi. La recherche continuelle de ce qui est imposé ou interdit, l’appel à des règles minutieuses, peuvent devenir le symptôme de notre crainte ou de notre incapacité à affronter le risque de la liberté. Un code de la route, même si on ne le respecte pas toujours, est moins exigeant pour notre liberté que la vertu de prudence qui nous incombe.
 
Bien souvent on nous pose une question analogue à celle du scribe : qu’est-ce que c’est d’être chrétien ? Or, comme le scribe, nos questionneurs ont déjà des éléments de réponse : être chrétien, c’est croire en Dieu et servir notre prochain. Nos difficultés commencent quand nous essayons d’exprimer les conséquences de ce double commandement que nous pressentons si exigeant. Le christianisme apparaît à certains comme un carcan trop lourd à porter, surtout dans une civilisation dominée par la satisfaction des désirs individuels. De quel droit Dieu viendrait-il se mêler de notre vie particulière ? Bien entendu, cette objection exprime en elle-même sa contradiction. Si Dieu est Dieu comment pourrait-on lui contester le droit de s’occuper de nous ? Mais notre difficulté principale ne vient pas de cette contradiction. Elle vient de notre répugnance à accepter qu’il y ait des règles de vie et que ces règles soient ordonnées au bien de l’homme. Nous adhérons avec une certaine satisfaction à une religion de l’amour, mais nous acceptons difficilement les conséquences d’un amour total, « jusqu’à l’extrême », pour reprendre l’expression de Jésus.
 
Notre tentation de nous satisfaire de bons sentiments sans en supporter le poids, n’est pas seulement un travers des chrétiens. Elle se retrouve chez tous les croyants et même chez les incroyants. Comment vivre en société sans reconnaître qu’il y a certaines règles de comportement qui dépassent les désirs individuels et qui s’imposent à tous, non par moralisme ou aveuglement, mais simplement par un exercice de notre jugement à la lumière de la sagesse humaine et de notre conscience ? Comment ériger en règle générale, voire absolue, ce que chacun désire ou expérimente et ce qu’il veut faire reconnaître comme une règle commune par tous ?
 
La grandeur de la liberté humaine nous appelle à maîtriser nos comportements en ne cédant pas à tous les désirs. Notre foi chrétienne ne fonde pas notre ambition sur nos capacités, mais sur l’amour absolu de Dieu qui nous a été révélé dans le Christ. Cette certitude nourrit notre conviction que les êtres humains sont capables de choisir ce qui est le meilleur, non pour satisfaire les souhaits de chacun, mais pour le bien de tous. Nous ne prenons pas notre parti de voir un conformisme social abolir les progrès de tant de siècles pour le respect des plus faibles. C’est ainsi que nous pouvons aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force et notre prochain comme nous-mêmes. Que Dieu nous donne la force d’être fidèles à ces deux commandements dans tous les domaines de notre vie personnelle et de notre vie sociale.        
 
AMEN.
                                                                                                           
Michel Steinmetz

lundi 29 octobre 2018

Homélie de la solennité de Tous les Saints - 1er novembre 2018

La proclamation des Béatitudes qui constitue comme le cœur du sermon sur la montagne dans l’évangile de saint Matthieu est à la fois une prophétie et une bénédiction. C’est une prophétie parce que nous y comprenons que le chemin de perfection que Dieu propose aux hommes n’est pas un chemin de perfection morale qui s’imposerait à eux et dépasserait de fait la capacité de leurs simples et seules forces. C’est au contraire un chemin que Dieu nous rend praticable par sa grâce en nos cœurs. Il met en nous cette capacité à aimer en vérité. Et c’est donc aussi une bénédiction qui nous fait accueillir les paroles de Jésus non pas comme un jugement qui nous condamne mais comme une espérance qui nous appelle.
En inscrivant cet évangile dans la célébration de la fête de la Toussaint, l’Église a voulu précisément nous faire comprendre que la sainteté n’était pas une décoration que l’on remet au plus méritant, ou la recherche désespérée d’une pauvreté humiliante, mais la reconnaissance de l’œuvre de Dieu à travers des existences humaines. Cette fête veut nous rappeler que, parmi tant de saints reconnus et vénérés à travers la prière de l’Église, il faut encore compter une multitude de saints que nous ne connaissons pas. Nous ne les connaissons pas parce qu’ils n’ont rien fait qui attire sur eux l’attention. Ils ne sont pas des notables de la société. Ils n’ont pas eu l’occasion dans leur vie de faire des choses extraordinaires. Nous ne les connaissons pas, tout simplement parce que rien ne laissait transparaître ce qu’ils étaient profondément ou parce que nous n’étions pas attentifs à voir ce qui ne s’imposait pas mais qui demandait un peu d’attention du cœur. En tout cas, cette multitude d’hommes et de femmes qui nous ont précédés dans le chemin de la foi et qui sont devenus les saints de Dieu sont pour nous une promesse et une espérance parce qu’ils nous rappellent que la sainteté se construit sur la base d’une existence ordinaire et sur ce qui peut faire sa pauvreté, son aridité ou sa fragilité.
C’est cette réalité qui nous a été rappelée quand le Pape François a canonisé les époux Martin dont l’une des caractéristiques principales est précisément d’avoir mené une vie ordinaire. Ils n’ont pas eu dans leur existence l’occasion d’accomplir des choses particulièrement spectaculaires et cependant, ils sont restés fidèles à la parole de Dieu, jour après jour à travers l’existence de leur famille.
Ce que nous sommes ne paraît pas encore, « ce que nous serons n’a pas encore été manifesté » (1 Jn 3,2) : c’est-à-dire que la puissance de transformation de l’Esprit Saint ne transforme pas magiquement l’existence des hommes, elle la transforme lentement à travers la fidélité des jours, des années, des décennies, elle travaille incessamment le cœur, le foyer de notre désir et de notre volonté, elle nous entraîne insensiblement, progressivement, à trouver notre joie dans la volonté de Dieu. Mais tout cela, ne transforme pas sensiblement ou visiblement, en tout cas de manière spectaculaire l’existence humaine. « Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté » parce que pour l’instant, ce qui apparaît de notre vie, c’est ce que nous sommes. Ce que nous serons résultera de notre transformation quand nous verrons Dieu tel qu’il est.

Cependant, à travers le tissu de cette existence humaine, qui recèle mystérieusement une puissance non encore manifestée, Dieu a voulu que nous disposions de signes significatifs, sacramentels, que nous ayons des possibilités de voir, de comprendre, en tout cas de nous interroger. C’est une des missions principales de l’Église, d’être au cœur de l’humanité, le sacrement de la grâce de Dieu à l’œuvre à travers les hommes, en vue de leur rassemblement dans l’unique peuple de Dieu dont les frontières sont inconnues et dont le nombre des membres est incalculable.
Dans cette mission de rendre visible, perceptible la grâce de Dieu à l’œuvre, la vie baptismale tient une place fondamentale. Nous sommes déjà enfants de Dieu et pourtant nous avons à le devenir chaque jour un peu plus. Et parce que nous sommes en Dieu car de Dieu, nous sommes déjà saints dans la pauvreté de que nous essayons d’être. Heureux sommes-nous. Heureux, nous pouvons l’être !
AMEN.
 
 
 Michel Steinmetz

Homélie du 30ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 28 octobre 2018

Homélie prononcée en l'église Saint-Nicolas d'ERGERSHEIM
à l'occasion du départ de Soeur Nicole Pfleger
 
 
Pour bien mesurer la portée de la parole adressée à l’aveugle Bartimée à la sortie de Jéricho, il nous faut revenir au début de l’histoire. Jésus monte à Jérusalem ; il va consommer l’offrande qu’il fait de sa vie pour le salut des hommes. Entouré d’une foule nombreuse et bruyante, que nous imaginons sans peine tant le récit de saint Marc est cinématographique, Jésus n’est pas accessible à cet aveugle tenu à l’écart et dissimulé par la foule.
 
Pour s’orienter, celui qui ne voit pas, celui qui ne sait pas, est obligé de se fier aux autres, aux bruits et aux « on-dit ». Sœur Nicole, en arrivant ici il y a 36 ans, vous étiez un peu comme Bartimée et comme tous ceux qui traversent les commencements : vous ne connaissiez personne même si Ergersheim vous était familier à cause de Krautergersheim… Comme Bartimée, vous saviez, parce que vous aviez décidé de Le suivre jusqu’à Lui consacrer votre vie, que Jésus guérit, qu’il vient en aide aux miséreux. Vous aviez non seulement choisi la voie de l’éducation, le charisme de votre fondateur, mais aussi de vous immerger dans la foule des « cherchants-Dieu » parce que vous-même continuiez de Le chercher dans votre vie. Alors avec Bartimée, en faisant face aux moments personnellement éprouvants que vous avez dû traverser, vous avez crié vers Jésus, en même temps que vous ne cessiez de présenter dans la prière celles et ceux que vous saviez en difficulté. Au cœur de la foule, de ce peuple d’Ergersheim qui peu à peu s’est élargi aux dimensions d’une communauté de paroisses, vous n’avez eu de cesse d’aller à la rencontre, de réconforter, parfois de secouer mais toujours pour remettre debout. J’en ai été personnellement témoin lors de nos mémorables « tournées ». Je crois que l’on peut dire qu’il n’y a de famille dont vous ne sachiez rien et que bien des intérieurs qui vous étaient devenus familiers.
 
En guérissant l’aveugle par la seule puissance de la foi, Jésus pose un signe. Et ceux qui l’entourent ne s’y trompent pas. Seul le Messie de Dieu est capable de cela, comme l’annonçaient les prophètes et Isaïe, en particulier, au chapitre 35. Si donc l’Envoyé de Dieu est au cœur de son peuple, c’est que le temps de Dieu est arrivé. La consommation des temps est proche. La fin des temps arrive, ce moment où toutes choses seront soumises à Dieu.
 
Aujourd'hui, nous ne savons si nous vivons la fin des temps, mais, nous en sommes sûrs, nous vivons la fin d’un temps, d’une époque. Sœur Nicole, bien malgré vous, votre départ pour une nouvelle mission apostolique, cristallise autour de vous une charge symbolique qui dépasse votre personne. Vous êtes la dernière religieuse de nos villages. Après Sœur Thérèse, trop rapidement partie rejoindre le Père, puis Sœur Rose-Marie et Sœur Gabrielle, auxquelles nous pensons sans oublier Sœur Laurence, avec vous s’achève une présence d’Eglise particulièrement signifiante. Cette présence féminine et maternelle, discrète et pourtant fondamentale, celle qui n’est pas dans l’exercice du gouvernement de la communauté, mais qui inséparablement, en dit la tendresse et la prévenance. C’est un moment historique pour nos paroisses qui se mesurera à l’aulne des années à venir. Nous savons ce que nous perdons. Qui, désormais, prendra le relais pour dire simplement, par des gestes et des paroles, la gratuité et la bonté du Seigneur ?
 
Nous ne pouvons ce soir que rendre grâce et nous souvenir de l’expérience décisive de Bartimée. Comme lui, nous pouvons être rejetés ou sommés de nous taire. Comme lui, nous pouvons rencontrer sur notre route des gens qui nous trouvent « dérangeants » ou inconvenants. Comme lui, nous avons peut-être pas les moyens de surmonter les obstacles qui se dressent devant nous. D’où va venir la solution, d’où va venir le salut ? Qui va ouvrir la brèche et le chemin vers la lumière ?
 
C'est le Christ lui-même qui a entendu ses cris et qui va l’appeler. L’évangile nous dit : « Jésus s’arrête et dit : appelez-le ! » Quoi qu’il se passe désormais, nous savons quelle est la source de l’action : c’est Jésus lui-même qui a entendu les appels de l’homme qui mendie dans le vacarme de la cohue, c’est lui qui prend l’initiative de le faire appeler pour venir à son aide.
 
Quelle que soit la perception immédiate que nous avons des besoins des hommes de notre temps, quels que soient les motifs très louables de solidarité humaine qui nous animent – vous en avez portez le souci, jamais nous ne devons oublier que nos démarches pour venir en aide à nos frères sont d’abord et principalement une expression de l’amour de Dieu pour l’humanité. De cet amour, nous ne sommes que les premiers bénéficiaires et donc d’humbles serviteurs. C’est cet amour qui doit donner son dynamisme et sa qualité à notre présence et à notre action.
 
C'est ainsi que nous sommes conduits à entendre la parole adressée à Bartimée : « Confiance ! Lève-toi il t’appelle ! » Ce qui constitue la véritable espérance pour Bartimée, ce n’est pas d’avoir rencontré des hommes compatissants et solidaires ; c’est de savoir que celui qui l’appelle et qui vient à son aide, c’est Jésus, Fils de David, celui qu’il avait appelé au secours.
 
Quelles que soient les qualités des services rendus, ce n’est pas l’ambition de faire mieux que les autres qui nous pousse à aller au-devant de ceux qui appellent au secours. C’est l’ordre du Christ lui-même auquel nous nous efforçons d’obéir. C’est la charité de Dieu à laquelle nous essayons de donner une figure humaine dans le monde qui est le nôtre. Ici et maintenant. Et votre départ, Sœur Nicole, ne pourra pas nous en dédouaner.
 
 
AMEN.
 
Michel Steinmetz

samedi 20 octobre 2018

Homélie du 29ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 21 octobre 2018

Cela a duré quinze jours. Quinze jours de tractations et de pseudo-révélations par la presse, de petits mots subtilement glissés par les uns et les autres. Et nous l’avons eu, sur le perron de l’Elysée. Le remaniement gouvernemental est arrivé. L’actualité des derniers jours nous aide à imaginer la scène de l’évangile de ce jour. Jacques et Jean, les fils de Zébédée, sont des braves gens. Ils ont trouvé leur maître. Celui-ci parle d’un Royaume qui se met en place. Ils préparent leur avenir. C’est naturel. Mais plus qu’un portefeuille ministériel, ils comprennent peu à peu que, bientôt, Jésus ne sera sans doute plus là.  Jésus, en effet, a annoncé à ses disciples, et pour la troisième fois, sa Passion et sa Résurrection maintenant toute proche. Plus les jours passent, plus il sait comment va s’écrire l’histoire. Ses sentent bien que quelque chose se prépare : « ils étaient effrayés et avaient peur », nous rapporte saint Marc. C’est dans cette imminence, dans cette urgence, que Jacques et Jean se décident à interpeller Jésus : « Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande ». Et quelle est-elle cette demande : plus qu’un portefeuille ministériel au prochain remaniement, siéger à la droite et à la gauche de Jésus dans son Royaume !
 
A chacune des trois annonces de la Passion, un message a été délivré par le Christ. Après la première, il invite ceux qui veulent le suivre à prendre leur croix sur eux, chaque jour ; invitation qui reste encore mystérieuse. Après la seconde, il donne en exemple aux disciples un enfant qu’il met au milieu d’eux ; il les aide à comprendre que, dans la famille qu’il est en train de fonder et qui plus tard sera l’Eglise, la puissance n’est pas le critère absolu, mais au contraire la dépendance, la faiblesse et la capacité d’accueillir la Parole du Père. Après cette troisième annonce enfin, le support qui va lui servir à enseigner ses disciples est la question posée par Jacques et Jean. Peut-être avez-vous pensé qu’elle était incongrue, venant juste après l’annonce des souffrances que le Christ devrait endurer. Vous n’êtes pas les seuls à en juger ainsi puisque l’Evangile nous dit que les dix autres qui les avaient entendus s’indignaient contre Jacques et Jean. S’il fallait chercher une excuse à ces deux-là , on pourrait cependant rappeler qu’ils étaient avec Pierre sur la montagne de la Transfiguration où il leur avait été donné de contempler la gloire du Christ. Peut-être leur demande se rattache-t-elle à ce moment si intense vécu avec lui et dont ils espèrent qu’il pourra se prolonger plus tard. Pierre, sur le moment, voulait installer trois tentes pour demeurer avec Jésus tant ils étaient heureux avec lui.
 
Mais le temps de la glorification n’est pas encore venu. Nous sommes ici à l’ultime étape avant que Jésus ne monte à Jérusalem. Il tire la leçon de cette demande. Il appelle les Douze autour de Lui, et le contenu de son message est simple. Quelques jours auparavant, il leur avait donné l’exemple d’un enfant. Aujourd’hui l’exemple qu’il leur donne est celui du serviteur : « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur, celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous ». Plus qu’un serviteur, un esclave. Pas simplement quelqu’un qui se met librement au service d’un autre, quelqu’un qui est lié à la vie à la mort au service qui lui est confié.
 
Le Christ ne se présente pas comme le chef d’une nation païenne, il ne se présente pas comme le concurrent de César, il ne se présente pas comme le concurrent d’Hérode, il ne se présente même pas comme un de ces leaders messianiques qui ont parcouru l’histoire d’Israël. Il se présente comme le serviteur souffrant annoncé par le Prophète. Il va délivrer son peuple et à travers lui l’humanité entière, non pas en imposant sa loi mais en offrant sa vie. De quelque façon nous devons le comprendre : nous ne changeons jamais rien dans le cœur et l’histoire des hommes tant que nous n’acceptons pas de donner notre vie pour ce changement. Ce qui change le cœur de l’homme n’est ni la guerre, ni la révolution, ni la domination ; c’est l’offrande que nous serons capables de faire de nous-même pour le bien de tous. Parce que le Christ l’a fait et que le chemin qu’il trace pour nous est le seul qui conduise à la vie.  
                                                                                                                       
 

AMEN.
 
Michel Steinmetz

vendredi 28 septembre 2018

Homélie du 26ème dimanche du Temps ordinaire (B) - 30 septembre 2018


Le texte du Livre des Nombres précise avec soin que Josué suivait Moïse, « depuis sa jeunesse » (Nb 11, 28). Il avait donc une certaine ancienneté dans le service du Peuple de Dieu. De même, au sein de nos communautés chrétiennes, nous sommes un certain nombre à suivre le Christ depuis notre jeunesse. Nous avons parcouru un long chemin, nous avons dépensé pas mal d’énergie, nous avons rendu quelques services…, et nous avons le sentiment que notre place auprès du Christ n’est pas usurpée, même si nous savons bien que nous sommes faibles.  Pour cette raison, notre manière de comprendre et de penser la mission consiste plus naturellement à nous resserrer ensemble sur ce que nous avons fait et réalisé, et qui est comme notre héritage, plutôt que d’imaginer que l’Esprit de Dieu puisse susciter autre chose, ailleurs et avec d’autres personnes. Et au moment de passer à l’action, notre réflexe est de nous tourner vers celles et ceux que nous connaissons depuis longtemps, dont nous savons qu’ils font partie de notre groupe, qu’ils sont « de ceux qui nous suivent » comme dit Jean dans l’évangile (Mc 9, 38).
 Mais le Seigneur nous pousse constamment à déplacer nos frontières, comme il le fait pour le peuple d’Israël dans le Livre des Nombres, quand l’Esprit Saint est répandu sur deux hommes qui étaient restés en dehors du camp et ne faisaient pas partie du groupe de ces soixante-dix anciens choisis par Moïse pour le seconder. Quand l’Esprit vient sur eux et qu’ils se mettent à prophétiser, aussitôt, le « comité de défense » se met en place pour dire : ‘Il faut les arrêter, les empêcher. Ils ne sont pas légitimes, ils ne sont pas des nôtres.’ Mais Moïse s’exclame alors : « Plût à Dieu que tout le peuple prophétise » (Nb 11, 29), que tout le peuple reçoive l’Esprit.

Comment recevoir dans nos communautés ceux et celles que nous ne connaissons pas, qui ne sont pas des nôtres, qui ne nous suivent pas habituellement, et qui pourtant ont eu le cœur touché par Dieu d’une façon qui ne dépend pas de nous ? Car Dieu parle au cœur de chaque homme comme il le veut. Il suscite au cœur de tout homme des appels, des demandes et des désirs que nous ne pouvons pas imaginer. Et la véritable barrière qui empêche des personnes nouvelles d’entrer dans notre communauté et dans notre église, n’est pas leur manque d’ancienneté, mais le fait que nous-mêmes pouvons être pour eux une cause de scandale. Car leur intégration ne consiste pas à les naturaliser en les rendant conformes à ce que nous sommes. Nous devons d’abord comprendre que par notre manière de vivre et d’être, par nos paroles, nos gestes et notre attitude, nos omissions ou nos silences, nous pouvons scandaliser ceux qui découvrent le Christ, lorsqu’ils mesurent l’écart entre la richesse de la promesse de l’Evangile et la pauvreté de la manière dont nous les mettons en œuvre.

Il peut arriver, pour reprendre les images de l’évangile, que notre main, notre pied, ou notre œil, deviennent objet de scandale. Notre main, c’est ce que nous faisons, notre pied, c’est l’endroit où nous allons, notre œil, c’est notre manière d’entrer en relation avec les autres. Notre main nous entraîne au péché si ce que nous faisons nous détourne de l’Evangile. Notre pied nous entraîne au péché s’il nous conduit loin des chemins du Christ. Et notre œil nous entraîne au péché s’il devient un instrument de convoitise et non pas de rencontre et de dialogue. Si l’Evangile insiste sur cet obstacle radical à l’évangélisation, ce n’est pas pour nous décourager ou pour nous culpabiliser. Il veut nous aider à comprendre à quel endroit se situe ce qu’il faut changer. L’objectif est donc de renouveler notre manière de vivre pour que les autres puissent participer. 


Notre manière de vivre doit permettre à des hommes et à des femmes de se poser des questions et de se dire : Mais pourquoi vivent-ils comme cela ? Pourquoi essayent-ils de se mettre au service des autres et de les accueillir ? Pourquoi essayent-ils de mettre l’amour en pratique ? Puissent-ils alors découvrir que la réponse à ces questions et la clef de ce mystère, c’est le Christ.

 

AMEN.


Michel Steinmetz